Paroisse de la Bonne Nouvelle

Les Augustines pendant la Révolution

Des évènements qui secouaient la province de Bretagne en 1788 et 1789, les religieuses n’en eurent que peu d’écho, cloîtrées et absorbées par les soins aux pauvres malades et la gestion de l’Hôtel-Dieu, elles ne furent concernées par l’agitation parisienne qu’au début de 1790.

Une lettre de Louis XVI sur un décret de l’Assemblée Constituante prohibait les vœux monastiques et retirait à ceux déjà émis toute force légale. La stupéfaction, l’incrédulité firent place à la tristesse dans la communauté.

Les religieuses étaient autorisées à quitter les monastères, avec néanmoins quelques restrictions pour les enseignantes comme les Ursulines et les hospitalières « occupées au soulagement des malades ».

Elles se croyaient définitivement à l’abri car «utiles» à la population.

Quant il fut question d’inventorier les biens du clergé régulier comme séculier, elles prirent conscience de la précarité nouvelle de leur position. Si l’inventaire leur fut pénible, il offre à l’historien un exceptionnel arrêt sur image. Nous connaissons leurs revenus en rentes foncières ou urbaines (maisons), en grains (blé, avoine). Ayant placé de l’argent « en rentes solides », elles en tiraient des sommes régulières. Les pensions viagères des sœurs complétaient leurs revenus monastiques. 39 religieuses professes et 2 novices vivaient dans la communauté. Elles avaient des dépenses incompressibles, réparation des bâtiments, entretien de la sacristie, messes, fondations, gages des domestiques, honoraires des médecins et chirurgiens, l’entretien du linge… en somme le train de toute maison religieuse. Le solde comptable était positif.

L’inventaire nous fait faire une visite des lieux inédite. Au rez-de-chaussée nous découvrons la chapelle, la salle de communauté, le réfectoire, les parloirs. Montant aux étages, nous examinons les 40 cellules et leur ameublement sobre, la lingerie avec 240 paires de draps, la pharmacie aux herbes odorantes.

Le domaine des sœurs converses était la cuisine avec ses 2 cheminées, la tisserie, la boulangerie et la buanderie.

La bibliothèque renfermait 696 volumes surtout d’auteurs de la Contre Réforme.

A peine avaient elles achevé la rédaction de l’inventaire que le 12 juillet 1790 fut votée la Constitution Civile du clergé complétée par une obligation de prêter serment à ladite Constitution par tous les religieux – ce que les Augustines refusèrent suivant en cela le pape Pie VI. La déchirure de l’Église de France entre les religieux assermentés et les réfractaires dura jusqu’au Concordat (1801). Les expulsions de religieux, notamment des Ursulines de Lannion qui se réfugièrent à Sainte-Anne leur fit prendre conscience d’un avenir incertain. Elles supportèrent menaces, fouilles des bâtiments et tracasseries de la municipalité. Discrètement et de nuit, elles accueillirent des prêtres réfractaires dont l’abbé Lageat qui devait être guillotiné à Lannion.

Leur refus obstiné du serment civique les fit arrêter le 3 juin 1794 (15 prairial an II) et transférer dans l’ex séminaire de Tréguier transformé en prison. Elles y restèrent un an. A leur sortie, elles se fixèrent dans la ville épiscopale. Elles y vécurent dix ans, visitant les pauvres et soignant les malades à Tréguier comme alentours. Elles éduquèrent des jeunes filles, prirent en charge des personnes âgées. Elles vivaient de la libre générosité des personnes soignées et de l’aide de leurs familles.

Dans leur exil Trécorrois, elles n’espéraient qu’un retour à Lannion pour y exercer à nouveau leur vocation d’hospitalières. Mais le préfet refusa net à plusieurs reprises malgré les demandes de la commission administrative des hôpitaux.

Il leur fallut attendre 1805 pour retrouver leur cher monastère dans des conditions difficiles. La mort avait éclairci leurs rangs. La communauté avait pris de l’âge ne pouvant recruter de nouvelles religieuses. Elles étaient serrées dans une partie des bâtiments.

« Le Temple Saint avait été profané, la maison pillée, et tous les bâtiments devenus inhabitables mais il faut savoir ce que le port offre de douceurs après la tempête, la patrie après l’exil, pour comprendre le bonheur, l’allégresse dont nos mères furent remplies. Elles chantèrent le psaume de la joie la plus pure, le Laetatus ».

Par Annie Blanc,
autrice du livre « Histoire du monastère Sainte-Anne de Lannion
et des religieuses hospitalières »