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Homélie – le Bon pasteur – Jn 10, 27-30

Nous fêtons aujourd’hui le pardon de l’église Saint Pierre de Servel en Lannion, et en vérité, cela tombe très bien. D’un pape à l’autre pour occuper la chaire de Saint Pierre !

Je ne sais ce qu’il en est pour vous, mais pour ma part, je n’ai pas encore terminé le deuil du pape François. Je suis comme quelqu’un qui vient de perdre un ami cher.

Le pape François avait placé son pontificat sous le signe du bon pasteur. Et il avait fait graver celui-ci sur la croix qu’il aura porté tout au long de son pontificat.

A l’occasion d’un voyage à Rome avec notre évêque, qui souhaitait nous faire respirer l’air nouveau qui y flottait, celui-ci nous offrit la croix du pape François. On y voit un jeune berger portant sur ses épaules un agneau, ou peut-être est-ce la brebis égarée : le Bon pasteur, vous l’aurez compris ! Et on entend ici François rappeler qu’un pasteur doit porter sur lui l’odeur de ses brebis ! Son souci pour les petits de l’évangile, ceux que personne ne voit, ne considère ; les oubliés ou abandonnés, aura marqué son pontificat.… Ainsi son voyage sur l’ile de Lampedusa, où débarquent quotidiennement des réfugiés venus en barques depuis les côtes de l’Afrique, a été le premier geste fort qui imprimera les esprits mieux que tous les discours.

Alors que nous faisons connaissance du nouveau pape, Léon XIV, nous honorons encore la mémoire de François, bon pasteur. Quoi de mieux que de réentendre certaines de ses punch-line ?

  • Sortez des sacristies pour vous rapprocher des ‘périphéries existentielles’: L’essentiel est dehors, là où vivent les gens, et en particulier ceux qui sont mis de côté pour des causes autres qu’économiques ou sociales. Il y a tant de manières de rejeter la différence ! L’adjectif ‘existentiel’ le souligne, pour nous inviter à nous rendre proche.
  • L’Eglise doit être pensée comme un hôpital de campagne: Nécessaire précarité de l’Eglise qui doit se faire proche de tous. En étant précaires, on n’impressionne pas, on fait moins peur.  Même si l’expression ’hôpital de campagne’ semble mettre au second plan 2000 ans d’histoire de l’Eglise, il s’agit de ne pas absolutiser la tradition, pour se rendre disponible aux enjeux des femmes et des hommes de ce temps dans l’esprit du Concile Vatican II : « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur. »
  • L’écologie intégrale, pour laquelle tout est lié: On se souvient de l’encyclique Laudato Si, qui eut une portée mondiale tant elle trouvait les mots simples et compréhensibles par tous pour nommer une réalité extraordinairement complexe : L’aggravation des atteintes à l’environnement sous la pression de l’activité humaine et le caractère irréversible du changement climatique. Nous sommes entrées dans une ère nouvelle que nous nommons l’anthropocène. Dix années plus tard, cette encyclique est plus que jamais d’actualité, et l’on dit qu’elle le sera toujours dans 100 ans !

Nous avons aimé cet homme, François, et nous nous sentons tous un peu orphelins après son départ. Bien sûr, il avait été choisi aussi pour remettre de l’ordre dans l’Eglise, dans les moments terribles qu’elle traversait. Cela n’a pas été sans susciter des incompréhensions, voire de l’hostilité.

L’élection de son successeur semble s’inscrire dans un choix d’unité. Ses premiers mots au balcon de Saint Pierre portent le choix de la paix, reprenant les mots du Christ : « La paix soit avec vous ! » et cette paix sera « désarmée (…), désarmante, humble et persévérante ».

Beaucoup, et particulièrement hors de l’Eglise, ont vu dans La personne de François un ami : « Il est bien ton pape, je l’aime bien ! » m’avait dit un jour un collègue cuisinier, musulman, Smaïn. A travers lui, tant de gens se sont sentis de nouveau concernés par l’Eglise et son message. Léon aura la charge simple de prolonger ce témoignage. Mais il semble y être préparé.

Cette symbolique du bon berger, portée haut par le pape François et qui incombe désormais à son successeur, Léon XIV, nous renvoie tous à une évidence simple et d’une extrême complexité si elle n’est pas reçue dans la foi : Nous sommes aimés de Dieu, et le lien qui nous lie à son Fils nous lie, comme Lui, au Père : « Nous sommes Uns » avec Dieu si nous réalisons ce qu’il désire ardemment : « Que ta volonté soit faite », disons-nous dans le Notre Père. Or, elle ne l’est vraiment que si l’humanité participe à sa réalisation. C’est le message de François et l’héritage qu’il nous laisse ainsi qu’à son frère Léon XIV : Que nous soyons, chacune et chacun, à l’ouvrage du Royaume, pour être vraiment UN avec le Père !