Qui est Jésus ?
Il est un homme, le Fils de l’homme, le Fils de Dieu, le maître, le serviteur, le crucifié ressuscité, l’agneau de Dieu, Dieu… Rien que dans ce chapitre 10 de Saint Jean, il est la porte des brebis et le bon pasteur, le vrai berger…
Il est pleinement humain et pleinement Dieu. Il a fallu trois siècles à l’Église pour l’affirmer au concile de Nicée, dont nous fêtons les 1700 ans cette année.
Une chose est sûre : Jésus déborde toutes les représentations que l’on puisse se faire de lui. Si l’on s’en tient à une seule de ces représentations, le risque est grand d’en avoir fait une idole.
Qui est Jésus ? Depuis Pâques, la liturgie nous donne une approche de réponse à chaque célébration de part les divers récits bibliques.
Aujourd’hui, l’Apocalypse nous parle de l’agneau, et l’évangile du berger. C’est bon d’avoir ces deux images en même temps. Ce berger-là est l’un de nous. C’est pourquoi les brebis écoutent sa voix. Il parle la même langue que nous pour nous parler et nous conduire vers un autre que nous : le Père. A la Pentecôte, les auditeurs de Pierre se disent l’un à l’autre : « chacun de nous les entend parler, dans sa langue maternelle, des merveilles de Dieu. »
Dimanche dernier, dans le récit de l’Apocalypse, il était question de « l’agneau immolé ». Ce berger est non seulement l’un de nous, mais c’est l’un de nous qui est mort sur une croix, le supplice des esclaves. La voix du berger vient de là. Elle peut nous parler au cœur de nos détresses.
Ce berger-là connaît ses brebis, et ses brebis le connaissent. Nous savons qu’il en laisse 99 brebis pour aller chercher celle qui est perdue, et il fait la fête avec ses amis quand il l’a retrouvée. Chaque brebis n’est pas perdu dans la masse du troupeau. Chacune a du prix au yeux du berger. Mais les brebis sont faites pour vivre en troupeau. La relation unique que chacune vit avec le berger se vit dans le troupeau. Dans notre culture contemporaine très marquée par l’individualisme, la tentation est grande de vouloir vivre sa relation au berger sans le troupeau. Mais l’autre écueil est de vouloir un troupeau de brebis toutes sur le même modèle, style : ‘Je ne veux voir qu’une seule tête !’
Il y a là un équilibre très délicat à trouver. Le concile Vatican II a ouvert une voie en mettant l’accent sur l’Église ‘peuple de Dieu’, le sacerdoce commun des baptisés et la collégialité du ministères des évêques… François a déployé cela dans la synodalité. Œuvre qu’il n’a pas eu le temps d’achever. C’est un cardinal qui a participé au synode qui a été choisi pour succéder à François. Il a choisi Léon pour nom se mettant ainsi dans la lignée de Léon XIII à qui l’on doit d’avoir donné les bases à la doctrine sociale de l’Église.
La tâche première des papes est de veiller et servir l’unité du troupeau du bon berger. Veiller à garder entier le manteau du Christ que les soldats ont tiré au sort pour ne pas le déchirer. Certains papes ont vécu cette charge comme écrasante. La tâche est d’autant plus délicate dans l’époque que nous traversons. Les démocraties sont en crise dans leur difficulté à proposer un bien commun qui puisse rassembler. La violence semble à beaucoup le meilleur moyen de résoudre les conflits. L’Église est traversée par les divisions qui secouent le monde.
Il semble, d’après ce que j’ai lu et entendu, que cette question a beaucoup pesé pour orienter le choix des cardinaux, évidemment sans oublier l’Esprit-Saint. Mais le pape, si saint soit-il, ne pourra pas assumer cette charge sans nous. Et pour nous ça commence ici, dans notre nouvelle paroisse de la Bonne Nouvelle qui a rassemblé plusieurs petits troupeaux…
Plus je vieillis, plus je suis étonné de la foi de Dieu en nous. Nous, les humains, nous sommes tiraillés entre deux tentations : celle de Babel et les guerres tribales. Babel, l’uniformité totalitaire. Les guerres tribales : l’atomisation des clans en rivalité les uns contre les autres. Dieu nous croit capable d’une union dans le respect de nos différences. Dieu nous croit capable de vivre de son amour. Pour cela, Il a épousé notre condition humaine et a donné sa vie pour nous.
J’ai commencé mon homélie par la question : qui est Jésus ?
Je conclus avec la question reprise d’un chant : « Qui donc est Dieu pour nous aimer ainsi ? »