« Car si vous vivez selon la chair, vous allez mourir ; mais si, par l’Esprit, vous tuez les agissements de l’homme pécheur, vous vivrez. »
Je ne sais pas si c’est clair pour vous. Quant à moi, j’ai eu besoin d’aller chercher de l’aide…
Ce n’est pas un hasard si Dieu a choisi Paul pour être apôtre des nations : Paul était un juif, pharisien très rigoureux et il était pétri de culture grecque ; culture alors dominante dans l’empire romain. Paul ne pense pas que nous sommes faits d’un corps et d’une âme et que, quand on meurt, l’âme va au ciel… C’est la représentation la plus courante aujourd’hui en occident. Ce qui fait que chaque fois que l’on récite le Credo, on proclame quelque chose qu’on ne comprend pas ; « Je crois à la résurrection de la chair ».
Pour Paul, comme pour les juifs de son temps, quand un humain meurt, c’est tout son être qui meurt. Il n’y a pas d’âme qui demeure…
Alors, c’est quoi la chair ? Un article m’a éclairé sur le sujet : « La chair n’est pas le corps. Elle désigne la totalité de l’homme, en tant qu’il est à la fois faible, enclin à la convoitise et capable de pécher. » On peut dire que c’est le corps avec l’âme qui l’anime. Je reviens à l’auteur de l’article : « L’âme peut suivre la pente naturelle de la vie vers la convoitise, soumise au monde et tournée vers la mort. Mais elle peut aussi être sauvée, recevoir l’Esprit et en être vivifiée. » L’Esprit, c’est l’Esprit Saint. Or le nôtre est mortel, parce que notre vie, quand elle est tournée sur elle-même, va vers ce qui la satisfait et risque de tomber dans le péché. L’étymologie du mot péché, en grec comme en hébreux, c’est ‘rater la cible’. Jésus Christ est venu dans notre chair pour réorienter tout notre être vers le Père, et que nous vivions de Sa vie.
Quand nous mourons, c’est tout notre être qui meure. Mais nous demeurons dans l’amour de Dieu. En accueillant cet amour nous vivons, dès maintenant, de la vie de Dieu. Pour nous les vivants, il nous est donné de vivre dès maintenant la résurrection du Christ, si nous accueillons l’Esprit reçu au baptême et à la confirmation, et que nous avons toujours à accueillir. Donc, pour Paul, la chair est le lieu du combat spirituel entre, d’une part, ce qui nous replie sur nous-même et nous entraîne vers le péché et, d’autre part, ce qui nous ouvre à l’Esprit Saint. Esprit qui nous anime de la vie du Père donnée en Jésus Christ.
C’est quand même bien complexe tout ça… Et pourtant, d’après l’évangile, il y en a pour qui s’est simple. « En ce temps-là, Jésus prit la parole et dit : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. »
Paul faisait partie ‘des sages et des savants’, tant juif que grec, avant d’être renversé par terre et de se retrouver comme aveuglé. Il a fallu qu’il se laisse prendre par la main comme un tout-petit pour recevoir le baptême. Les tout-petits sont ceux qui savent se confier pour être accompagnés sur le chemin de la vie. Paul, dans son ardeur de pharisien « ratait la cible » de sa quête de Dieu. La question de Jésus sur le chemin de Damas montre bien à Paul qu’il rate la cible, qu’il se trompe d’objectif : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? » Et Paul change radicalement de direction !
Poursuivons alors la lecture de l’évangile : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. » Le joug, c’est la pièce de bois qui relie deux bœufs et qui s’attache à la base de leurs cornes. Jésus nous invite donc à nous atteler avec lui, qui est doux et humble de cœur. En fait, c’est lui qui fait tout le boulot, et nous marchons à ses côtés, soutenus par sa douceur et son humilité. C’est pourquoi son joug est facile à porter. N’essayons pas de faire le boulot tout seul, nous allons nous épuiser ; risquer de désespérer et nous replier sur nous-même… L’étole que l’on passe sur le cou de celui qui est ordonné prêtre symbolise ce joug du Christ signifiant que le ministère qui lui est confié est une participation à celui du Christ. C’est pourquoi, avant de revêtir l’étole dans la sacristie, nous l’embrassons. Mais Jésus s’adresse ici aux foules : tout disciple est donc invité par Jésus à venir à lui et porter son joug !
Pour finir, je vais vous raconter une histoire. Il y a onze ans que Patrick et moi avons été envoyés en mission ici, à Lannion. Au lendemain de son ordination il y a bientôt 30 ans, après sa première messe, des photos étaient prises comme pour les mariages. Il portait ses habits liturgiques et me demande de venir à ses côtés. Spontanément, il passe la moitié de son étole par-dessus mon cou, ce qui fait que nous sommes deux à la porter ensemble, côte à côte. Presque 20 ans plus tard, le Mission de France nous envoie donc tous les deux ici, en Côtes d’Armor. J’ai ressorti la photo, qui aujourd’hui nous est très parlante : Nous sommes tous les deux attelés au joug du Christ. Quand ça tire à hue et à dia, cette photo est là pour nous rappeler que ce n’est pas nous qui tenons les rênes !