Nous voilà à une nouvelle étape dans notre marche entre Pâques et Pentecôte. Nous avons reçu à Pâques le témoignage de Marie Madeleine reconnaissant le ressuscité à sa voix. Puis celui des disciples enfermés dans la peur, avec Thomas le reconnaissant aux marques de la passion ; et dimanche dernier, celui des disciples d’Emmaüs le reconnaissant à la fraction du pain. Aujourd’hui les lectures de ce dimanche nous invitent, après l’avoir reconnu, à nous mettre en route à sa suite.
Dans la première lecture :
« Les auditeurs furent touchés au cœur ; ils dirent à Pierre et aux autres Apôtres : « Frères, que devons-nous faire ? » : c’est la question que nous sommes invités à nous poser.
La liturgie a sauté 20 versets du discours de Pierre dans lesquelles il explique que la passion et la résurrection étaient annoncées dans les Écritures. Nous avons entendu sa conclusion : « Que toute la maison d’Israël le sache donc avec certitude : Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous avez crucifié. »
« que vous avez crucifié » Ce n’est pas une accusation, c’est un constat que les auditeurs entendent comme tel : ils ne le contestent pas. Dans la foule certains sont en droit de dire qu’ils y sont pour rien et qu’ils n’ont pas crié avec la foule : « Crucifie-le ! ». Mais en tant que membre de la maison d’Israël, ils se sentent concernés. Le temps n’est plus de se pencher sur nos responsabilités, nos manquements passés : nous avons eu tout le carême pour ça. Aujourd’hui c’est le temps de cette question : « Frères, que devons-nous faire ? »
La réponse de Pierre : « Convertissez-vous, (tournez-vous vers)… Car la promesse est pour vous, pour vos enfants et pour tous ceux qui sont loin, aussi nombreux que le Seigneur notre Dieu les appellera. » Je peux traduire ainsi : « Vivez dès maintenant de la résurrection : ce n’est pas pour après votre mort. » Une des préfaces de Pâques dit : « Car sa mort nous affranchit de la mort et, dans sa résurrection, nous sommes déjà ressuscités ». C’est dans se monde-ci, secoué par les chaos que nous sommes invités à vivre en ressuscités… La deuxième lecture nous en propose un chemin, toujours à la suite du Christ.
Ce n’est pas simple de vivre dès maintenant de la résurrection parce que, dans les chaos du monde qui nous bousculent, nous risquons, d’être confronté au désespoir et la souffrance… Peut-être que c’est déjà fait. Ce n’est pas pour rien que nous avons été invités à suivre un chemin d’espérance pendant toute une année. Quand à la souffrance, nous risquons de la croiser sur notre chemin à la suite du Christ. Pierre nous en parle dans sa lettre.
« Bien-aimés, si vous supportez la souffrance pour avoir fait le bien, c’est une grâce aux yeux de Dieu. C’est bien à cela que vous avez été appelés, car c’est pour vous que le Christ, lui aussi, a souffert ; il vous a laissé un modèle afin que vous suiviez ses traces. » Que l’on ne s’y trompe pas : la souffrance ne sauve pas. Quand il est dit que le Christ nous sauve par ses souffrances, c’est un raccourci ! C’est l’amour qui sauve : la passion du Christ nous dit le jusqu’au bout, jusqu’à l’extrême de l’amour du Christ pour nous. « Avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout, jusqu’à l’extrême. », nous dit Saint Jean. Si la souffrance endurée est une grâce aux yeux de Dieu, c’est qu’elle est la marque de l’amour donné ; amour qui n’est pas reçu, ou qui est combattu.
Je ne parle pas de la souffrance qui vous tombe dessus sans raison. Il n’y a que ceux qui l’ont traversée qui peuvent en parler. Pierre ne parle que de celle que l’on peut rencontrer quand on met ses pas dans ceux du Christ.
J’en viens à l’Évangile : nous sommes invités à suivre le berger qui est venu « pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance. »
Le texte est complexe et nous n’en avons entendu que la première moitié. Jésus, dans un premier temps, est le berger, puis il devient la porte, puis de nouveau le berger. C’est comme des images misent côte à côte. Chacune dit quelque chose et l’ensemble forme un tableau. Je vais donc relever qu’une seule image de ce kaléidoscope.
« Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir. Quand il a poussé dehors toutes les siennes, il marche à leur tête, et les brebis le suivent, car elles connaissent sa voix. »
Le troupeau qui suit le berger n’est pas une foule, c’est un groupe où chaque brebis a une relation personnelle avec le berger. On peut écouter ensemble, mais c’est chacun, chacune, qui entend et se met à la suite du berger. C’est une belle image de l’Église : un corps où chacun, chacune, a une relation personnelle au Christ.
« Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance. » Les brebis : il n’est pas question de béliers. Les brebis transmettent la vie et la nourrisse. Donc si elles ont la vie en abondance, quelle profusion de vie !
Je reprends le chemin parcouru au fil de ces trois lectures…
Avec la première lecture, nous sommes appelés à nous mettre en route, en nous tournant vers le Christ, et à le suivre. Dans sa lettre, Pierre nous prévient qu’en marcher à la suite du Christ, nous risquons, comme lui, de rencontrer la souffrance. Cette souffrance est un des signes que nous aimons comme lui nous a aimé. C’est une grâce aux yeux du Dieu.
Marchant ainsi à la suite du Christ, nous serons membre du troupeau qui reçoit la vie en abondance.
Nous pourrons alors chanter avec le psalmiste :
« Grâce et bonheur m’accompagnent
tous les jours de ma vie ;
j’habiterai la maison du Seigneur
pour la durée de mes jours. »