Pierre et Paul…
En lisant ce texte de l’évangile de Luc, on peut s’interroger : Pierre savait-il déjà que Jésus pouvait marcher sur l’eau ? « Eloigne-toi de moi car je suis un homme pécheur ! » Comment Jésus pouvait-il s’éloigner, si ce n’est en marchant sur les eaux ?… Nous y reviendrons !
Nous sommes au tout début de la prédication de Jésus dans l’évangile de Luc, et ils ne se connaissent pas encore très bien. Jésus a guéri la belle-mère de Simon, seul indice que nous ayons. Simon n’a pas encore reçu son nom, le nom de celui qui guidera l’Eglise. Il est encore Simon le pêcheur ! Il deviendra Simon-Pierre, et nous allons voir pourquoi. Mais ce qui est bien avec Simon-Pierre, c’est qu’il nous ressemble, capable des mêmes fulgurances et des mêmes erreurs !
J’ai souvent pensé que Jésus a pris le temps de regarder ces hommes en plein travail avant de les appeler. Il aimait marcher, nous le voyons au fil des évangiles. Il longe les côtes. Il s’arrête parfois et contemple. Il a vu ces pêcheurs travailler ; il a vu comment Simon organisait son équipe, comment il gérait le travail de tous en donnant sa place à chacun. Ce n’est pas par hasard qu’il a choisi son bateau pour instruire les foules…
Les foules... Elles sont nombreuses, et avides de l’entendre. Au fil du texte, elles sont même presque menaçantes : « Elles voulaient le retenir, de peur qu’il ne s’éloigna d’eux. » (Luc 4, 42). Jésus pourtant ne se retranche pas dans le temple pour prêcher. Il sort à la rencontre des gens, et il est servi ! Ce sont des foules qui viennent à lui et qui l’enserrent. Alors il s’écarte dans le bateau de Simon…
Simon qui travaille : il accueille Jésus sur son bateau…il s’éloigne du rivage sur son invitation… il avance en eaux profondes… il lance son filet malgré la fatigue… Sans le savoir, de pêcheur il devient apôtre !
C’est pourtant la repentance de Simon qui va le faire devenir Pierre, quand il s’agenouille dans son bateau… « Eloigne-toi de moi… ! » Cette réaction spontanée le rend si humain : « Je ne suis pas digne ! », comme dit plus loin le centurion. D’une formule ici, il professe tout à la fois son péché et sa foi ! Ce ne sont ni la prédication de la loi, ni la dénonciation du péché qui provoquent sa repentance, mais la surabondance de la grâce symbolisée par le trop plein des poissons pris dans les filets. Au point « qu’ils se déchiraient ». Voyant cela, Simon est traversé d’une évidence… et il tombe à genoux. « Je ne suis pas digne » ! C’est LÀ qu’il est devenu Pierre. « Désormais, ce sont des êtres humains que tu prendras… » Le patron pêcheur devient capitaine du bateau pour l’éternité !
Je suis aumônier d’étudiants. Il m’est arrivé d’accompagner des jeunes à un moment charnière de leur existence. J’ai ainsi accompagné un jeune homme, dont les larmes révélaient qu’il avait beaucoup à résilier. Ce « je ne suis pas digne » à l’intérieur de lui, dont il devait trouver le chemin des mots… Un jour, j’ai reçu un sms qui disait ceci : « Découverte d’un Amour immense qui embrasse tous les amours ! » Surabondance de la grâce qui l’avait touché au cœur ! Aujourd’hui, à son tour, il est devenu prêtre et il accompagne lui aussi des personnes. Le ministère de prêtre donne la grâce d’accompagner des personnes, et parfois à l’endroit de leur résilience, de leur repentance… Mais il faut avoir soi-même fait ce chemin, pour le donner à vivre à d’autres… comme Pierre l’a vécu lui-même.
La personnalité de Pierre imprègne toute l’histoire de Jésus racontée dans les évangiles. Il est nous, chacun de nous et nous tous ensemble. Il symbolise bien plus que lui-même, l’humanité en dialogue avec son créateur venu dans le monde. Sans Pierre, reconnaissons-le, l’évangile serait bien plus simple, bien plus clair, bien plus calme… mais aussi bien plus triste, car si peu traversé de notre humanité !
Il en est un autre qui fut traversé de la Parole, au point de remettre en cause tout ce qui avait structuré son existence. On a dit qu’il était tombé de cheval. Il n’en est rien dans l’Ecriture. Mais sur la route pour aller arrêter des Chrétiens à Damas, Paul fut saisi par Dieu, comme une révélation qui lui fut donnée directement par Jésus lui-même : « Il est même apparu à moi, l’avorton ! » Paul, le juif intègre, devient hérault d’une foi qu’il avait combattue.
Le même Paul avait échoué à convaincre les sages Athéniens. Il leur était insupportable d’envisager la résurrection de la chair. Alors Paul annonce aux Corinthiens un messie crucifié, « scandale pour les juifs, folie pour les grecs » ! Ainsi, fait-il de la sagesse du monde une folie aux yeux de Dieu.
Il est vrai qu’on a aujourd’hui bien des motifs de l’approuver : Folie quand on fait de la réussite financière le but d’une vie humaine ! Folie quand on vit sans prêter attention aux plus fragiles ! Folie quand on réduit les relations internationales à la concurrence commerciale !… Combien d’autres exemples aujourd’hui, d’un monde qui semble avoir perdu sa boussole !?… Paul, lui, nous rappelle toujours que la boussole des disciples est Jésus-Christ, mort et ressuscité même si c’est incroyable !
La personnalité de Paul, contrairement à Pierre, est tranchante, entière, excessive. C’est pourtant à lui que fut confiée la charge d’annoncer l’évangile aux païens. D’une certaine manière, c’est grâce à lui que nous sommes ici aujourd’hui, réunis pour célébrer.
Paul et Pierre, les colonnes de l’Eglise, se font face et se complètent tout à la fois. Ils ont en commun d’avoir tous les deux éprouvé l’amitié du Seigneur.
« Désormais, ce sont des humains que tu pècheras… ! ».
A leur suite, nos filets sont-ils prêts ? « Avance au large ! »