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Homélie : ‘Aujourd’hui la parole s’accomplit’ – Dimanche de la Parole –

« Aujourd’hui s’accomplit le passage de l’Ecriture que vous venez d’entendre ! » C’est ainsi que s’achève le texte d’évangile. « Aujourd’hui… ! » Si nous comprenons l’évangile comme un récit historique qui concerne un homme ayant vécu il y a 2000 ans, alors cet aujourd’hui là ne nous concerne pas. Ou bien de loin, très loin…

Si nous croyons en revanche à l’actualité de l’évangile dans l’aujourd’hui de nos existences, alors cet « aujourd’hui » là, prononcé par Jésus, nous concerne et nous implique !

Voyons comment !

Comme chaque dimanche, 3 textes nous sont proposés.
Le premier fait référence à un fameux personnage du 1er testament, le prophète Esdras. C’est le prophète, ou plutôt le scribe, car c’était un lettré, qui accompagna le 1er retour des exilés à Jérusalem. Nous sommes autour de 500 avant JC. En rentrant, ils découvrent une ville ravagée, qui ne s’est pas remise de la défaite et de l’exil 75 ans plus tôt, et un peuple abattu. Esdras saura redonner espoir au peuple en sortant la Torah de l’oubli, et la loi de Moïse, qui réveillera les ardeurs du peuple. La Parole est annoncée et redonne vie au peuple !

Le second passage parle de la métaphore du corps humain pour désigner la communauté des disciples. C’est le passage qui précède le fameux hymne à l’amour de Saint Paul – « s’il me manque l’amour, je ne suis rien ! » – La communauté des disciples est donc comme un corps avec différents membres, dont chacun a un rôle bien spécifique, et particulièrement les plus fragiles : dans le corps, chacun est à sa place et chacun a un rôle essentiel. C’est le corps du Christ dont il parle là, et c’est la première fois qu’on en parle ainsi. Ce qui tient le corps uni et lui donne vie, c’est l’amour dont il fait preuve, l’amour entre les disciples, les uns les autres ; l’amour dont ils font preuve avec les autres ; l’amour dont ils témoignent envers les exclus ou les précaires…. C’est l’amour qui constitue le corps du Christ… L’amour irrigue la vie au peuple !

Le troisième texte, dans l’évangile, a ceci de particulier qu’il réunit deux passages séparés par 4 chapitres qui parlent des premiers pas dans la vie de Jésus.

Il commence par l’apostrophe de Luc à son « excellent Théophile ». En grec, Théo-phile signifie : ‘celui qui aime Dieu’. C’est donc bien chacun de nous qui est ainsi désigné, et chacun qui est invité à entrer dans l’histoire que raconte Luc, pour en devenir acteur.

Jésus, revenant à Nazareth, entre dans la synagogue et se lève pour lire publiquement le texte du livre d’Isaïe : « L’Esprit m’a envoyé proclamer aux captifs la délivrance ; aux aveugles, le retour à la vue ; rendre libres les opprimés et proclamer une année de bienfaits de la part du Seigneur ! ». Puis il s’assoit et « tous ont les yeux fixés sur lui. » Ils attendent sa parole, son commentaire, comme on le fait à chaque messe. Mais ils attendent aussi une explication, car Jésus a volontairement tronqué la partie du texte d’Isaïe qui parle de « la vengeance de Dieu ». C’est peut-être cet oubli volontaire qui va provoquer ensuite la colère de ceux qui l’écoutent, au point de vouloir le jeter du haut d’un escarpement… ! Ils n’ont pas encore compris qu’il n’est pas venu pour juger, mais pour sauver (Jn 12, 47).. Le Christ, avec la force de l’Esprit, sauve le peuple, et même malgré lui !

C’est ainsi que le disciple puise à la source :

Avec le Christ bien sûr, ‘maitre et Seigneur’, dont la vie est l’exemple du disciple en tout temps et tous lieux.

L’amour à la manière du Christ, c’est-à-dire pour reprendre Saint François :  Ne pas tant chercher à être consolé qu’à consoler, à être compris qu’à comprendre, à être aimé qu’à aimer… « Car c’est en se donnant qu’on reçoit, c’est en s’oubliant qu’on se retrouve… »

La Parole enfin, qui nous apprend comment aimer. Ce n’est pas seulement en lisant la parole qu’on s’en nourrit, c’est en la partageant avec d’autres qu’on la voit se féconder en nous. Mais écoutons ce que dit Madeleine Delbrel :

« Une fois que nous avons connu la parole de Dieu, nous n’avons pas le droit de ne pas la recevoir ; une fois que nous l’avons reçue, nous n’avons pas le droit de ne pas la laisser s’incarner en nous ; une fois qu’elle s’est incarnée en nous, nous n’avons pas le droit de la garder pour nous : nous appartenons dès lors à ceux qui l’attendent. »

Le chemin est tout tracé pour le disciple du Christ : C’est en rejoignant les plus fragiles et les exclus qu’il trouve sa route : Nos anciens dans leurs EHPAD qu’on ne visite pas ; Les détenus de nos prisons qui purgent leur peine ; les migrants qui sont sans papiers et pourtant présents dans notre territoire ; les malades qui ne voient pas le bout du tunnel… « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont les miens, c’est à moi que vous l’avez fait » (Lc 25). Alors nous pourrons dire nous aussi : « Aujourd’hui s’accomplit l’Ecriture que vous venez d’entendre ! »