Pr 9, 1-6; Ps 33 ; Ep 5, 15-20 ; Jn 6, 51-58
« Un chrétien isolé est un chrétien en danger »
J’ajouterais : « un chrétien (trop) habitué est un chrétien en danger ».
Frères et sœurs, sommes-nous encore choqués par les paroles du Christ ou bien nous sommes-nous laissé endormir par la routine ?
« Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. » (Jn 6)
Les contemporains de Jésus, les Juifs, ont eu raison de protester :
« Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? »
C’est inacceptable ! c’est scandaleux !
Chrétiens, nous ne sommes pas cannibales, nous ne sommes pas non plus « déivores », ni « déicides ». Nous ne mangeons pas notre Dieu pour le faire disparaître.
Alors, comment entendre ces paroles prononcées par le Christ, sans les édulcorer, sans les vider de leur sens profond ?
« ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson.
Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui. » (Jn 6)
Faisons un détour par une image : un cadeau dont le donateur resterait inconnu.
Imaginez qu’un jour, vous trouviez devant la porte de votre maison un grand cadeau emballé contenant toutes les ressources dont vous aurez besoin pour votre vie sur cette terre, accompagné du message suivant :
« C’est pour toi, en signe de l’amour que je te porte et que je te porterai toujours, quoi que tu fasses. »
Lorsque nous offrons un cadeau à quelqu’un, c’est pour lui témoigner notre affection, notre amitié.
Si nous nous arrêtons seulement à l’objet offert, nous perdons de vue l’essentiel, celui, celle qui le donne par amitié, par amour…
Au passage, j’en profite pour rappeler la définition du mot « sacrement » : le signe visible d’une réalité invisible, ou pour le dire autrement : un cadeau dont l’auteur nous est encore invisible.
– Qu’allez-vous faire avec ce cadeau déposé à votre porte pendant la nuit ?
Le laisser devant votre porte ? le déballer mais sans en utiliser le contenu ? l’utiliser sans vous soucier du message ? en faire bon usage en gardant en mémoire le message de l’auteur du don ?
Revenons à l’Evangile.
Au soir de sa vie, le Christ « ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, Il les aima jusqu’au bout »(Jn 13) ;
c’est alors qu’il pose ces deux gestes qui n’ont font qu’un : il lave les pieds de ses disciples et il institue l’eucharistie, il fait du pain et du vin partagés son Corps et son Sang (sa vie donnée), disant à ses disciples :
« Faites ceci en mémoire de moi ».
Par amour, le Christ se donne à nous, véritablement, en nourriture, pour nous nourrir de sa Présence vivante, aimante. Parce qu’il nous veut vivant, il nous communique la Vie qu’il possède en plénitude,
la Vie que lui, le Fils, reçoit de son Père.
« De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi. » (Jn 6)
La mort de Jésus Christ ne signifie pas sa disparition définitive. Le Christ est bien mort sur la croix, mais Celui qui tient sa Vie de son Père ne pouvait rester enfermé dans la mort.
La puissance de Vie qui est en Dieu vivant, créateur, fait exploser les portes de la mort. Christ est vivant, ressuscité !
Réécoutons Jésus :
« Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel :
si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement.
Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde. » (Jn 6)
Chaque fois que nous venons communier au Corps du Christ, nous venons nous abreuver à la source d’eau vive, nous venons nous rassasier du Pain vivant.
Tout à l’heure, nous serons invités à nous approcher de la table de l’eucharistie, nous recevrons avec foi (« Amen ») Celui qui se donne en nourriture pour que nous ayons la vie.
Si nous venons manger la chair de notre Dieu, c’est parce nous lui faisons confiance, parce que nous l’aimons, parce que nous voulons lui ressembler.
En assimilant Dieu en nous, nous ne supprimons pas Dieu ; au contraire, nous contribuons à ce que Dieu grandisse en nous.
Pour le dire autrement, nous collaborons à l’œuvre de Dieu en faisant grandir l’enfant de Dieu que nous sommes appelés à être, dans cette relation essentielle qui nous lie à notre Père des Cieux.
Ainsi, eucharistie après eucharistie, sacrement après sacrement, cadeau après cadeau, nous découvrons un peu plus qui nous sommes, nous nous décentrons de notre petit nombril, nous découvrons peu à peu qui est l’auteur du cadeau qui nous est fait.
Frères et sœurs, notre Dieu, ou plutôt le Dieu de Jésus Christ – car Dieu ne nous appartient pas – Dieu est un amoureux fou de notre humanité.
Dieu nous aime, il nous aime tellement qu’il prend le risque de se faire oublier, de passer inaperçu derrière le don immense qu’il nous fait.
Nous sommes libres de croire ou de ne pas croire, libres de faire ce que bon nous semble du cadeau qui nous est fait, libre de prendre en compte ou non le message qui l’accompagne :
« Celui-ci est mon Fils, mon bien-aimé, Celui en qui j’ai mis tout amour.
(de grâce) Ecoutez-le ! »
Jonathan et Flora, en demandant le baptême pour votre fils Connor, vous lui faites un formidable cadeau dont vous n’êtes pas seuls l’auteur.
Comme parents, vous offrez la possibilité à votre enfant de connaître, d’aimer Celui qui l’aime de toute éternité, d’entretenir avec Dieu une relation unique.
Baptisés, nous avons la chance de connaître le Christ ; dans la célébration eucharistique, nous avons la « bonne » habitude de nous nourrir de sa chair, de sa Parole et de son Corps,
de ce qui fait sa vie, de son être relationnel ; nous n’ignorons pas que Dieu est l’origine du don qui nous est fait …
Alors, sachons dire simplement « MERCI » (un des premiers mots que nous apprenons aux enfants), ne jouons pas les gamins gâtés ou capricieux,
sachons manifester régulièrement notre gratitude à ceux que nous entourent (la Sagesse qui a dressé la table (Pr 9)) – pensons aux 1001 petits services du quotidien dont nous sommes les bénéficiaires – ,
ne laissons pas l’habitude, la « mauvaise » habitude nous aveugler, apprenons à reconnaître Celui qui se donne librement, discrètement par amour, Celui qui est à la fois le Donné, le Don et le Donateur,
le Dieu Père, Fils et Saint Esprit.
Frères et sœurs, nous sommes faits pour accueillir ce Cadeau divin, pour vivre de ce grand Don-là, nous sommes faits pour la vie avec Dieu dès ici-bas, comme un avant-goût du Ciel.
« Goûtons et voyons comme est bon le Seigneur » (cf. Ps 33)