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Sainte Trinité

Dimanche 26 mai 2024, année B
Pardon de Kerfons

Dt 4, 32-34.39-40
Ps 32(33)
Rm 8, 14-17
Mt 2, 16-20

Frères et sœurs,
Chers amis,

Un lieu planté de hêtres, en breton Ker Faoues, devenu Kerfons en français au fil du temps, c’est le nom de cette chapelle dédiée à Notre Dame, dans laquelle nous nous retrouvons tous les ans pour le pardon. Je ne sais pas si ce magnifique jubé a été fait du bois des hêtres du coin mais c’est toujours un grand plaisir de venir célébrer un pardon ici. Aujourd’hui nous célébrons aussi la Sainte Trinité. Même si c’est compliqué dans beaucoup de nos têtes, je voudrais montrer qu’elle peut nous aider à vivre ce pardon.

Pour des personnes non averties, les pardons bretons pourraient sembler constituer une spécificité du folklore local. Mais ils expriment la foi, la piété et la dévotion des habitants d’un village, d’une paroisse. Les gens y avaient l’habitude de s’entraider, de se rendre des services. Mais dans la vie, il y a parfois des disputes et il fallait périodiquement se réconcilier avec ses voisins ou ses parents et se faire pardonner. Cela passait bien sûr par la rencontre avec le voisin ou le parent avec qui on était fâché mais aussi il y avait un aspect sacramentel avec les confessions et aussi un aspect populaire avec une grande fête et un tantad comme on dit en breton, un feu de joie qui marquait la volonté de continuer à vivre ensemble.

Le pardon c’est donc l’occasion pour les chrétiens d’un village de se rassembler pour fêter le saint patron de leur chapelle – ici c’est Notre Dame que nous célébrons -, de s’approprier son message évangélique, d’écouter pieusement le sermon du « pardonneur », de chanter le cantique traditionnel du pardon en processionnant autour de la chapelle et si possible en allumant un grand feu de joie, le fameux tantad.

Cela pourrait semble du folklore, mais je ne crois pas : notre vie, qu’elle soit ici en Bretagne ou ailleurs, est chargée de différents rites même si nous ne les voyons pas comme tels. Pensons aux Jeux Olympiques tous les quatre ans, à la fête de Noël et à son réveillon, aux soldes ou même les élections. Les rites sont partout. Le pardon est devenu un rite mais il exprime réellement et de façon communautaire la vie de foi des gens qui y participent. Ce sens a une valeur réelle à notre époque où l’on aime un peu trop revenir sur des aspects désuets de notre religion.

Aujourd’hui, même si nous fêtons Notre Dame de Kerfons, nous célébrons aussi la Sainte Trinité. Cette fête, juste après la fête de la Pentecôte, nous rappelle que nous ne saurons jamais tout de Dieu, mais cette fête nous donne l’occasion de mieux le connaître.

Si je vous dis « Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit », il y a une forte chance que certains répondent machinalement « Amen ! » tellement nous sommes habitués ! La Bible ne parle pas d Trinité, mais dans l’Évangile de Mathieu que nous venons de lire, Jésus associe dans une même phrase le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Saint Paul en parle aussi dans la deuxième épître aux Corinthiens (1) : je vous cite d’ailleurs la dernière phrase de cette épître : « La grâce du Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit soient avec vous ! »

Le mot « Trinité » vient de « trois », « tri » et de « unité ». Il n’y a pas trois dieux, mais un seul Dieu en trois personnes : le Père, le Fils et l’Esprit-Saint. Nous croyons pourtant en un Dieu unique, et c’est seulement à partir de 381, que le 1er Concile de Constantinople a définit officiellement la Trinité d’où vient un des deux credo que nous récitions le dimanche.


Plutôt que d’essayer de recoller ces trois personnes pour en faire un seul Dieu, partons du Dieu unique, ce Dieu qui se révèle à nous :


• Dieu se révèle comme créateur, celui que l’on associe au Père dans nos deux Credo.
• Il se révèle comme ayant partagé notre condition humaine dans son Fils Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, né, mort comme chacun de nous et ressuscité.
• Il se révèle comme Esprit, celui qui vient nous consoler, celui qui nous fait appeler Dieu père comme le dit Saint Paul et qui est aussi présent dans la sagesse humaine comme l’a si bien dit le Concile Vatican II (2).


C’est Dieu qui se révèle en premier, pensons à Moïse et au buisson ardent, il se révèle pour nous donner sa vie. Dieu n’a besoin de rien, c’est lui qui nous la donne gratuitement. La question n’est pas de dire « Qu’est-ce que je peux faire pour Dieu ? » mais « Comment Dieu peut-il agir en moi ? »


Nous disons dans le Notre Père : « que ton règne vienne ». De quel règne s’agit-il ? Le règne de Dieu se prépare en entrant dans sa vie, et c’est comme cela que nous devenons chrétiens. Le christianisme, avant d’être une religion est surtout un message issu de la rencontre du Christ, message qui nous dit d’aller « par toutes les nations » non pas dire aux gens qu’ils ont tort, mais qu’eux aussi, ils peuvent être créateurs, donc participer à la Création pour l’améliorer, partager la condition humaines de leurs frères et leurs sœurs, comme l’a montré Jésus-Christ et enfin participer à la sagesse humaine en faisant croître l’humanité chez tous, leur révéler qu’un Esprit, celui que nous appelons l’Esprit Saint habite aussi en eux.


Vous allez me dire que ça fait beaucoup de choses. S’il faut retenir quelques idées simples, disons qu’aujourd’hui ce pardon permet de nous retrouver autour de de Notre Dame de Kerfons, la mère de Jésus. Il nous permet aussi de réfléchir à qui est Dieu. Un Dieu(1) unique et en trois personnes. Un Dieu qui est créateur, 2) qui nous a envoyé son Fils et nous a commandé de partager son corps et vivre de sa vie et enfin 3) partager aussi son Esprit avec ceux et celles qui nous entourent. Et surtout que nous pouvons rencontrer Jésus comme dit l’Évangile, « en Galilée » c’est-à-dire parmi nos frères et sœurs et pas seulement dans les églises le jour du pardon.


Nous retrouvons là l’esprit du Pardon : se reconnaître imparfait, reconnaître la miséricorde de Dieu pour nous et vivre cela dans la convivialité. Profitons de ce pardon et de cette fête de la Sainte Trinité pour nous rapprocher de Dieu et de nos frères et sœurs.
Amen.

[1]     2 Co 3, 3 ; 13-13.

[2]    Lumen Gentium 16.