Paroisse de la Bonne Nouvelle

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4e dimanche de Carême – 14 mars 2021 – Homélie du père Mickaël

2Ch 36, 14-16.19-23 ; Ps 136 ; Ep 2, 4-10 ; Jn 3, 14-21

Pour entendre l’intégralité de l’entretien entre Jésus et Nicodème, je vous invite à lire le début de Jn 3.

Nicodème vient de nuit rencontrer Jésus, comme s’il ne voulait pas que ça se sache.

Une rencontre de nuit qui a peut-être été pour Nicodème LA Rencontre de sa vie. En effet, Nicodème sera « en secret » disciple, ami du Christ, sans renoncer à sa place de notable parmi les juifs (discutant la condamnation de Jésus par le Sanhédrin (Jn 17) ; prenant soin avec Joseph d’Arimathie du corps de Jésus après sa mort (Jn 19)).

Et nous, quelle est la Rencontre de notre vie ? Rencontre que nous avons faite ou qui reste à faire.

Celle qui nous fera : – naître d’en haut (comme Jésus le dit à Nicodème) – advenir à l’existence Celle qui fera tout basculer : peut-être définitivement en un jour, mais qui fera surtout que mon existence ne sera plus la même, qu’elle trouvera sens, cohérence, en se recevant d’en haut.

Jésus à Nicodème : « Amen, amen, je te le dis : à moins de naître d’en haut, on ne peut voir le royaume de Dieu (=on ne peut voir le jour, on ne peut vivre vraiment). » (Jn 3)

Qui peut nous apprendre ce que signifie « naître d’en haut » sinon Celui qui vient d’en haut ?

Celui qui sera élevé (sur la Croix) est d’abord Celui qui s’est abaissé par amour, l’envoyé du Père, venu partager notre vie, notre condition humaine pour nous révéler ce à quoi nous sommes appelés : VIVRE, partager la VIE de Dieu. Nous sommes faits pour cette communion-là, rien de moins que cela. C’est déjà ce que nous commençons de goûter, d’apprécier chaque fois que nous aimons, chaque fois que nous sortons de nous-mêmes pour entrer dans une véritable relation de réciprocité, de don mutuel, chaque fois que nous communions ….

Frères et sœurs, Dieu n’est pas caché ! Il est là présent en nos vies, dans le quotidien de nos vies. Seulement, nous avons fait de Dieu un « gros mot » ; y compris, nous, chrétiens, nous avons relégué Dieu dans des tiroirs, des caves ou des greniers où personne ne met plus le nez. Nous sommes tentés de tenir Dieu bien au chaud, confinés dans nos tabernacles, nos églises … Bien sûr, Dieu y est présent, mais pas exclusivement.

Cette semaine, j’ai fait l’expérience de Dieu dans de multiples rencontres dans l’Eglise et hors l’Eglise : dans une chambre d’hôpital, dans la célébration du sacrement du pardon, au jardin avec les enfants du KT chez Prosper, en accueillant une maman venue demander de l’eau bénite, en priant avec une personne isolée chez elle …

Ce n’est pas de « bondieuserie » dont nous parle l’Evangile, c’est de VIE, d’AMOUR, de Vie en plénitude que nous désirons tous. Si je suis devenu prêtre, ce n’est pour renoncer à vivre, à aimer ; au contraire !!! Cette VIE, reconnaissons-le, nous ne savons pas en parler, nous sommes si souvent maladroits pour la communiquer, comme nous sommes maladroits (trop pudiques sans doute) pour dire à quelqu’un que nous l’aimons.

Le KT, ce n’est pas seulement un truc à caler entre le poney et la guitare ; c’est une Rencontre qui vient chambouler ma vie, mes priorités, ma façon de vivre, d’aimer, de choisir. Que je fasse du poney, que je joue de la guitare, la vie continue avec Dieu, et pas seulement quand je mets les pieds au KT ou à l’église.

Frères et sœurs, (chrétiens), ne nous comportons pas en pharisiens, ne jouons pas les « rabat-joie » de service qui manipulent la Révélation divine pour la tourner à leur avantage, pour se donner de l’importance : « Dieu, la religion, est une affaire trop sérieuse pour que vous vous en occupiez. Laissez-nous faire ! C’est notre affaire ! »

Désolé, mais Dieu n’est pas « notre » affaire, ni même notre chose, ni à nous, les catho., ni aux autres religions. Dieu n’est pas non plus « mon » affaire, à moi prêtre, ni même celle du pape. Dieu est Dieu ! Laissons à Dieu la liberté d’être Lui-même. C’est la condition de notre propre liberté !

« C’est Dieu qui nous a faits, il nous a créés dans le Christ Jésus » (Ep 2)

Dieu ne peut être enfermé dans nos raisonnements, aussi performants soient-ils. Dieu nous échappe. Allez comprendre pourquoi Dieu choisit Cyrus, roi des Perses (le « méchant », ennemi d’Israël) pour offrir la liberté au peuple d’Israël de rentrer chez lui à Jérusalem, ou pourquoi le Christ choisit souvent de s’adresser à des non-juifs, des pécheurs pour se révéler. Ce n’est pas logique !

« Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. » (Jn 3)

En Dieu, ça déborde ! Dieu déborde toujours, il dépasse les bords, les limites que nous lui imposons.

Deux images qui peuvent nous aider à comprendre ce qu’il en est de la vie, de l’amour en Dieu :
-un vase plein à ras bord où l’eau déborde.
-un dessin où l’enfant a débordé, a dépassé les bords que nous lui avions tracés sur sa feuille. Qu’avons-nous à dire à cet enfant qui vient nous présenter son dessin ?

« – C’est pas bien, tu as débordé ! Regarde-moi (adulte) pour savoir comment il faut faire. »

Que ferons-nous quand Dieu viendra nous présenter l’œuvre de sa miséricorde, de son amour débordant ?

Ex (Lc 15) : le père, qui refuse de punir son fils prodigue et se précipite au cou de son fils pour le couvrir de baiser ; le berger qui abandonne ses 99 brebis pour aller chercher la brebis égarée …

Ce n’est pas logique, pas raisonnable !

Dieu n’est pas raisonnable, Dieu n’est pas sérieux, Dieu est Dieu, c’est la plus belle chance pour l’être humain. Respectons Dieu, aimons Dieu simplement parce qu’il est Dieu, aimons Dieu pour ce qu’IL EST (« JE SUIS »), rien que cela, tout cela. Il n’a pas fini de nous surprendre.

Dieu ne se dévoile qu’en se donnant, comme une source qui ne cesse de se déverser. Une source que nous ne pouvons pas prendre ou maîtriser, mais qui peut nous abreuver, nous emplir, nous désaltérer, nous purifier, nous combler au point de nous déborder à notre tour

Comme un torrent qui se déverse en cascade, de réceptacle en réceptacle, de cœur en cœur.

Jésus : « Ma vie, nul la prend, mais c’est moi qui la donne » (Jn 10, 18)

Contentons-nous, ou plutôt réjouissons-nous (en ce dimanche de la joie, « Laetare »), goûtons cette joie, cette jouissance d’être ce que nous sommes ; réjouissons-nous du projet que Dieu a pour nous, pour notre humanité.

Non pas la perspective d’une pauvre humanité « augmentée », défigurée par les bidouillages de la technique, mais la perspective d’une humanité divinisée, évangélisée (au sens de la Bonne Nouvelle) : bonifiée, renouvelée par la rencontre du Christ (cf. toutes les rencontres de Jésus dans l’évangile). Fréquenter le Christ, aimer le Christ nous bonifie, nous renouvelle chaque jour.

Réjouissons de ce que nous sommes appelés à devenir : chrétiens, disciples-amis du Christ !

Frères et sœurs, nous en faisons tous l’expérience, nous ne sommes pas encore chrétiens, nous sommes seulement en devenir. Sur ce chemin de Carême, nous nous efforçons de le devenir un peu plus chaque jour ; mais nous savons que ce n’est pas d’abord le résultat de nos efforts, mais l’œuvre de Dieu, l’action de l’Esprit Saint.

« C’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, et par le moyen de la foi. Cela ne vient pas de nous, c’est le don de Dieu. Cela ne vient pas de nos actes : personne ne peut en tirer orgueil. » (Ep 2) Devenir chrétiens = accueillir le don de Dieu (l’Esprit Saint),
Devenir chrétiens = recevoir du Christ la vie d’en haut, la vie éternelle, la vie de l’Esprit
= accéder à une source intarissable de vie qui se communique dans le don réciproque.

Ce mouvement d’amour qui est en Dieu (porté par l’Esprit Saint) et qui ne cesse de déborder, de se donner, de se déverser en notre humanité, à condition qu’elle soit disposée à l’accueillir.
Je peux ainsi faire l’expérience de ce tourbillon divin : plus je reçois, plus je désire donner, et me donner. La vie n’est pas un lent déclin vers la mort ; la vie se donne, se renouvelle chaque matin.

A Nicodème demandant : « Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? », Jésus répond : « personne, à moins de naître de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu. (…) Il vous faut naître d’en haut. Le vent souffle où il veut : tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient, ni où il va. Il en est ainsi pour qui est né du souffle de l’Esprit. »

Que faisons-nous de cet élan d’amour, de ce souffle de vie ?
Dans ma propre existence, dans notre Eglise, dans notre monde, je me sens parfois à l’étroit, je ne perçois plus cet horizon infini … j’aspire à respirer plus large, plus profondément …
Trop souvent, dans l’Eglise, la morale et le calcul ont pris le dessus sur l’Amour et la Vie. On ne laisse plus l’Amour déborder, nous déborder, dépasser nos jugements pour nous en remettre au jugement de Dieu miséricordieux. On ne laisse plus la vie s’exprimer. On encadre les initiatives, on délimite pour éviter que ça déborde. C’est une recherche vaine, car Dieu nous débordera toujours. Acceptons de nous laisser vaincre par l’Amour de Dieu qui vient d’en haut. Laissons-nous aimer de cet Amour dont nous avons tellement soif, cette Vie d’en haut !
« Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. » (Jn 3)

Croire en Jésus Christ, devenir chrétien, disciple du Christ est la plus grande, la plus belle aventure dont nous puissions rêver sur cette terre. Le KT avec bien d’autres expériences est un chemin pour le découvrir par vous-mêmes.
Frères et sœurs, imitons Nicodème dans son désir de rencontre avec le Christ ; mais n’ayons pas honte d’être chrétiens, amis du Christ. N’ayons pas peur que cela se sache, au contraire !
« Celui qui fait la vérité vient à la lumière, pour qu’il soit manifeste que ses œuvres ont été accomplies en union avec Dieu. » (Jn 3)
Assumons au grand jour notre condition d’enfants de Dieu, créés, aimés, sauvés par Dieu.
Avançons vers la Lumière de ce face-à-face, même si c’est encore de nuit. Reconnaissons le Christ présent en nous, autour de nous, en avant de nous, dans tout ce qui fait notre vie, sans jamais courir le risque de nous sentir envahi par Lui.

Heureux les hommes que Dieu a choisis d’aimer, de sauver (tous les hommes et femmes !)
Heureuse l’humanité que Dieu a choisi d’épouser, dans son universalité et dans l’intimité du cœur de chaque être humain !

Laissons de côté nos craintes, notre timidité, notre fausse pudeur ! Offrons notre témoignage vivant ! C’est un « service public » que nous avons à rendre. Le but n’est pas de faire admirer les pauvres vases d’argile que nous sommes mais de laisser découvrir Celui qui est à la Source de notre vie, qui vient emplir nos vies, afin de laisser déborder l’Amour de Dieu en d’autres cœurs assoiffés.
Offrons la chance à d’autres d’entendre parler de Celui qui transforme notre vie, de Le connaître et peut-être, s’ils le choisissent, un jour de croire en Lui. Notre amitié avec le Christ doit être contagieuse, elle doit donner envie. Soyons des amoureux, et non des frustrés de l’Amour !
Que l’on puisse entendre dire en nous voyant vivre : « Voyez comme ils s’aiment ! »
Ma mission, notre humble mission peut se résumer en deux questions : Puis-je vous aider à vivre vraiment, à connaître « Celui qui est » (Celui que les hommes ont si mal baptisé : « Dieu ») ?
Voulez-vous le connaître et l’aimer ?

En bonus, un texte d’un amoureux de Dieu, un amoureux de la Vie :

Je la connais, la source,
elle coule, elle court,
mais c’est de nuit.
Dans la nuit obscure de cette vie,
je la connais la source, par la foi,
mais c’est de nuit.
Je sais qu’il ne peut y avoir de chose plus belle,
que ciel et terre viennent y boire,
mais c’est de nuit.
Je sais que c’est un abîme sans fond
et que nul ne peut la passer à gué,
mais c’est de nuit.
Cette source éternelle est cachée
en ce pain vivant pour nous donner la vie,
mais c’est de nuit.
De là, elle appelle toutes créatures
qui viennent boire de son eau, dans l’ombre,
car c’est de nuit.
Cette source vive de mon désir
en ce pain de vie je la vois,
mais c’est de nuit.
 
Saint Jean de la Croix (1542-1591)