« Le Seigneur est tendresse et pitié,
lent à la colère et plein d’amour ;
la bonté du Seigneur est pour tous,
sa tendresse, pour toutes ses œuvres. »
« …rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur. »
Avons-nous bien entendu ? Est-ce en ce Dieu-là que nous croyons ?
Nous : chacune, chacun de nous, et nous, le ‘nous’ que nous formons en recevant la Parole de Dieu et l’eucharistie, comme nous le verrons.
« …rien ne pourra nous séparer » : Paul ne dit pas « me séparer » mais « nous ». Nous ne pouvons pas vivre notre foi tout seul. Saint Jean, dans sa première lettre, écrit : « Celui qui dit j’aime Dieu et qui m’aime pas son frère est un menteur » L’entre nous est le lieu de vérité de notre relation à Dieu. La traduction exacte du « Notre Père » devrait être « Père de nous ». C’est le ‘nous’ qui est enfanté par le Père. C’est aussi le ‘nous’ qui est nourri de l’eucharistie dans la même tendresse, le même amour, la même bonté.
Par la bouche du prophète Isaïe, le Seigneur s’adresse à nous : « Ainsi parle le Seigneur : vous tous qui avez soif, venez, voici de l’eau ! Même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer, venez acheter du vin et du lait sans argent, sans rien payer. »
‘Acheter sans argent’ c’est étonnant, vous ne trouvez pas ? Il ne dit pas : « Venez, c’est gratuit ! » L’argent, c’est une contrepartie dans un échange. Quand on a payé on n’a pas de dette, on est quitte. Si on achète sans argent, où est donc la contrepartie ? Je ne vois dans le texte que le fait de venir. Parce que venir, nous demande un travail : celui de nous déplacer, de faire un choix ; nous avons choisi de venir ici et nous nous sommes déplacés. C’est là notre part. En échange Dieu nous donne sa Parole et son Pain.
La première lecture me pose une autre question : c’est quoi ce banquet où il y a de l’eau, du vin et du lait, des bonnes choses et des viandes savoureuses ? Il me semble avoir trouvé un indice dans le texte et que la suite confirme : « Prêtez l’oreille ! Venez à moi ! Écoutez, et vous vivrez. Je m’engagerai envers vous par une alliance éternelle ». ‘Écoutez’ : c’est la Parole de Dieu qui est désaltérante, nourrissante, bonne et savoureuse. Quand Satan propose à Jésus de changer les pierres en pain, celui-ci lui répond : « L’humain ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » Je l’ai constaté, dans des groupes de lecture biblique : non seulement la lecture en groupe nourrit la relation de chacun à Dieu, mais elle nourrit aussi le ‘nous’ que forme le groupe. Un groupe qui avait cheminé ensemble pendant deux ans, s’est retrouvé 20 ans après pour un week-end.
Ce banquet où Dieu invite son peuple, fait un bel écho avec la multiplication des pains. Je me suis arrêté à l’introduction du texte : « Quand Jésus apprit la mort de Jean le Baptiste, il se retira et partit en barque pour un endroit désert, à l’écart. »
On comprend bien le besoin de solitude de Jésus. Pour lui, Jean n’est pas seulement un cousin : leurs missions n’ont de sens que l’une par rapport à l’autre. Jean prépare la route de Jésus. Et peut-être que la mort violente de Jean préfigure pour Jésus la sienne… Il a de quoi vouloir se retrouver seul à l’écart dans un endroit désert. Comme toujours, je vais voir la suite du passage proposé à notre méditation. La voici : « Quand il eut renvoyées les foules, il gravit la montagne, à l’écart, pour prier. Le soir venu, il était là, seul. »
Les foules n’ont pas détourné Jésus de son projet de se retrouver seul : on apprend que c’est pour prier. Il ne nous est rien dit du contenu de la prière, mais la mort violente de Jean doit en être le cœur, ainsi que la suite de la mission de Jésus. Alors dans ce contexte, la multiplication des pains est une autre façon de parler du banquet où Dieu nous invite par la bouche du prophète Isaïe. La mort violente, en toile de fond du récit me fait dire que ce banquet a à voir avec le banquet eucharistique où nous sommes conviés et où nous faisons mémoire de la mort et de la résurrection du Fils bien aimé du Père.
Venons-en à ce partage des pains. Une chose m’étonne. Nous sommes le soir dans un lieu désert, et ce n’est pas la foule qui se préoccupe de ce qu’elle va manger, mais ce sont les disciples qui s’en inquiètent. La réponse de Jésus est étonnante : « Donnez-leur vous-même à manger. » Il n’est pas dit : ‘donnez leur de quoi manger’ mais ‘vous-même’. Aujourd’hui, c’est nous les disciples devant des foules affamées : affamées de sens, de justice, de confiance, de sécurité dans un monde que je me permets de qualifier de malade. « Donnez-leur vous-même à manger », j’entends : « que votre vie soit nourrissante. » Mais devant la faim de ces foules, nous n’avons que cinq pains et deux poissons. Nous n’avons que ça à donner et c’est bien peu de chose. Mais, comme les disciples, est-ce que nous acceptons de les donner au risque de n’avoir plus rien à manger ?
Ce bien peu de chose, ces cinq pains et deux poissons, que nous avons avec nous, si nous ne les confions pas à Jésus, Il ne peut pas les multiplier pour que nous puissions les donner. Les paroles de l’offertoire, au début de l’eucharistie ne disent pas autre chose. Je n’aime pas les dire en silence pendant la musique où les chants : c’est le moment où l’on offre nos cinq pains et deux poissons en reconnaissant qu’ils sont déjà un don de Dieu. Et n’oublions pas que la Parole est aussi nourriture. Pour la messe on parle des deux tables : celle de la Parole et celle de l’Eucharistie.
Pour finir gardez au cœur ces mots de Saint Paul au romains : « J’ai la certitude : ni la mort ni la vie, ni les anges ni les Principautés célestes, ni le présent ni l’avenir, ni les Puissances, ni les hauteurs, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur. »