J’imagine qu’il y a parmi vous des connaisseurs auxquels l’image de l’ivraie, mélangée au milieu du blé, peut parler. Cela leur est peut-être déjà arrivé, même s’il faut bien reconnaître qu’il faut être vraiment tordu pour jeter de la ‘mauvaise graine’ au milieu d’un champ destiné à la culture de ce qui va nourrir les humains.
Pour ma part, avec d’autres “jardiniers en herbe”, depuis quelques années j’ai en charge un bout de terre dans lequel nous cultivons toutes sortes de légumes dont nous produisons nous-mêmes les semis. Quand on me parle d’ivraie dans cet évangile, je pense au rumex, herbes sauvages qui parsèment nos terres bretonnes, et qui montent si vite en graine qu’on se fait rapidement déborder. Il faut creuser profond pour en arracher toute la racine, sans cela, il repart de plus belle ! Vous voyez le boulot ! J’ai pourtant découvert que le rumex, cauchemar des jardiniers, avait malgré tout une vertu : il pousse dans des terres un peu lourdes, argileuses, et contribue à les aérer ! Même l’ivraie, la mauvaise herbe, a son rôle dans la nature !
La parabole de Jésus montre la patience du maître, qui ne veut pas prendre le risque d’arracher des épis de blé en même temps que la mauvaise herbe ! C’est assez sage. Mais qui peut dire que la “mauvaise herbe” l’est totalement ? que l’herbe folle n’a pas sa place dans la nature ? qu’aucune culture ne peut accueillir des cultures différentes ? … Reconnaissons-le, nous sommes nous-mêmes partagés entre le blé et l’ivraie. Notre cœur est parfois comme un champ mélangé. Quelle affaire, s’il fallait déjà arracher et brûler ce qui est mauvais !
Lorsque nous serons tous réunis en Dieu, au moment du grand passage, nous saurons alors comment le maître a réuni ses cultures et quelle place il a donné au rumex… En attendant, il faut vivre dans un champ qui n’est pas toujours parfait ! Mais “Dieu nous gouverne avec beaucoup de ménagement” dit le livre de la Sagesse. Il donne à ses enfants “une belle espérance : après la faute, il accorde la conversion”. Avec Dieu, rien n’est donc jamais irrémédiable !
Il suffit de le lui demander. Comme le dit l’apôtre Paul : “Nous ne savons pas prier comme il faut.” La belle affaire ! Prier, effectivement, ce n’est pas toujours simple. Il dit même que c’est l’Esprit qui prie en nous. Et c’est généralement quand on est face à un mur qui nous semble insurmontable que notre esprit humain se tourne vers Dieu pour lui faire appel… Comme si Dieu restait l’issue ultime et toujours possible.
Alors j’ai pensé à Eline. Elle devait avoir 6 ans quand son Papa, mon ami Manu, m’appelle un jour et me dit : “Patrick, Eline veut savoir ce que ça veut dire “prier” – “Est-ce que tu veux bien lui répondre ?”
Voici donc ce que j’ai dit à Eline, sans y avoir réfléchi avant : “Eline, prier, c’est un peu comme si tu pensais très fort à quelqu’un que tu aimes beaucoup et qui n’est pas avec toi. Par exemple, ton Papi Marc, tu l’aimes très fort ? – Oui – Il n’est pas là – Non – Et bien si tu fermes les yeux et que tu penses à lui, tu le vois dans ton cœur et tu peux même lui parler. Et peut-être même, il te répond ! – Avec Jésus, c’est la même chose ! Tu ne le vois pas, mais tu sais qu’il est là, présent à tes côtés. Tu peux lui parler, et il te répond. Et c’est à toi de comprendre ce que Dieu te révèle car c’est à toi seul qu’il le dit !
C’est ainsi que Dieu procède avec chacune et chacun de nous. Si nous avons les oreilles du cœur à son écoute, nous découvrons des trésors que nous n’imaginions pas. C’est ce trésor aujourd’hui qu’il veut partager à Gaëtan…
Alors bien sûr, il y a du rumex dans ce monde, c’est sûr, et petit Gaëtan en aura sa part, nous le savons bien. Mais permettez-moi de terminer par un extrait de l’encyclique du pape Léon, que je viens de terminer. Il dit ceci : “Un écrivain catholique du XXème siècle, Tolkien (auteur du Seigneur des anneaux) a décrit notre responsabilité humaine : ‘Il ne nous appartient pas de rassembler toutes les marées du monde, mais de faire ce qui est en notre pouvoir, pour le secours des années dans lesquelles nous sommes placés, déracinant le mal dans les champs que nous connaissons, de sorte que ceux qui viendront après nous puissent avoir une terre propre à cultiver.” Le rumex ou l’ivraie sont présents dans nos vies et ils sont présents dans le Monde. Est-ce que nous voulons être aux côtés de Dieu pour mieux apprendre à vivre et, peu à peu, à le déraciner ? Du Monde et de nos existences… Sans Lui, nous ne pouvons rien. Avec Lui… osons y croire !