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C’est un texte auquel nous sommes tellement habitués, « les pèlerins d’Emmaüs », qu’il est toujours difficile de saisir la nouveauté de l’évangile. Alors j’ai décidé de le croiser avec des événements vécus.

C’est d’abord une histoire de marche. Marcher pour laisser passer la douleur et s’éloigner des événements dramatiques dont les disciples ont été témoins. Marcher pour tenter de retisser du sens à tout ça !
Les deux disciples font route vers Emmaüs, rentrant sans doute chez eux. Ils sont deux, et il est raisonnable de penser qu’ils puissent être un couple. Dans l’évangile de Jean, ne parle-t-on pas de la femme de Cléophas qui se tient aux pieds de la croix avec la mère de Jésus ?… Cléophas, nom de l’un des deux
marcheurs. Ils seraient donc sur le chemin du retour chez eux, 3 jours après les événements.

C’est intéressant de regarder ces marcheurs, d’imaginer leur sentiment après un événement d’une telle importance : Celui en qui ils avaient mis leur confiance vient d’être exécuté. On les imagine consternés, tristes, en colère peut-être, éprouvés certainement. Et voici qu’un inconnu croise leurs pas… « Il marchait
avec eux. »
C’est toujours ainsi que cela se passe. On fait route ensemble, et l’on parle. Et les échanges sont ponctués de temps de silence, pour respirer, pour méditer, pour avancer. Mais l’homme pose une question : « De quoi discutiez-vous ? » Ils comprennent qu’il n’est pas au courant : « Tu es bien le seul !… » Alors il les pousse : « Quels événements ? ». Et ils lui racontent tout avec force détails. C’est un peu comme s’il fallait ’que ça sorte’. Et on découvre qu’ils ont tous les éléments pour comprendre… mais qu’ils restent au seuil de la foi ! Alors l’homme les provoque : « Esprits sans intelligence. Que votre cœur est lent à croire ! » (la traduction littérale dit : « lents de cœur à croire »), car tout était déjà contenu dans le 1er testament, en particulier le rejet de la révélation par les pouvoirs politiques ou religieux, qui n’aiment pas le changement

• J’ai pensé alors… depuis quelques semaines, un dialogue irréel se noue entre les responsables étasuniens et le chef de l’Eglise catholique. Ils ne se privent pas de lui faire la morale, notamment sur le concept de ‘guerre juste’. Léon XIV, lui, leur répond qu’il ne cherche pas à faire de politique, mais qu’il s’attache au message de l’évangile. Le message de Jésus ne peut pas se satisfaire de compromissions avec la justice et avec l’amour.

Ils ont marché durant 2 heures dit le texte, et l’homme semble vouloir continuer sa route, mais ils le retiennent. Comme nous ferions tous : « Reste, il va faire nuit. On va mettre une assiette de plus ! » Que ce serait-il passé s’ils ne l’avaient pas retenu ? Nous savons que Jésus ne s’impose jamais. Nous n’aurions sans
doute jamais eu écho du ressuscité marchant sur la route

• J’ai pensé alors… Un étudiant a été baptisé à Pâques à l’église de Lannion. Tout a commencé quand il est entré dans une église pour la visiter car il la trouvait belle. C’était le moment de la messe, alors il s’est assis sur la dernière chaise, tout au fond. Une paroissienne l’a vu, et lui a proposé de monter plus près du chœur. Il a accepté. A la fin de la messe, elle a demandé au prêtre s’il acceptait de le rencontrer. Ils ont échangé sur un banc, puis l’échange s’est prolongé durant… 3 ans ! Jusqu’à la vigile de Pâques 2026. Rien ne se serait passé de tout cela si la paroissienne ne l’avait pas regardé…

Une fois à table, leurs yeux s’ouvrent lorsqu’il bénit le pain et qu’il le partage pour le leur donner. Sans doute étaient-ils déjà familiers du signe, et de la manière dont Jésus le faisait.

• J’ai pensé alors… à ma tante qui vient de partir pour son grand voyage. Quelques temps avant sa mort, elle disait à un prêtre ami : « Ma foi, je ne sais plus trop. Ce que je sais, c’est que quand je mange le pain, c’est son corps que je reçois. Quand je bois le vin, c’est toute la souffrance des hommes que je partage à travers son sang. » D’une formule simple, elle disait l’essentiel de la foi des chrétiens, laissant de côté le superficiel. 

Ils le reconnaissent quand il disparait à leurs yeux ! Il y a un rapport de cause à effet. Comme s’il lui fallait désormais s’absenter pour que nous puissions nous le rendre présent les uns aux autres. Et ils parlent : « Notre cœur n’était-il pas tout brûlant lorsqu’il nous parlait en chemin ? » J’ai pensé aux 2 heures de marche en sens inverse : Ont-ils couru? Etaient-ils silencieux, plongés dans leur joie intense ? Ont-ils parlé sans pouvoir s’arrêter ? Comme s’ils remontaient de leur abîme de tristesse, en même temps qu’ils remontaient le temps et la route vers Jérusalem. Une remontée ouverte par le signe du pain !

 

J’ai pensé alors… J’accompagne un trentenaire, à distance par téléphone car il réside dans le sud de la France. Il m’a confié tout récemment qu’il avait fait l’expérience de Dieu dans sa vie, à l’issue d’un long cheminement spirituel qui l’a fait croiser d’autres forces intérieures. Il a fait l’expérience de Dieu, et aimerait qu’elle se poursuive. Il a donc demandé à recevoir la communion, sa ‘1ère communion’ comme il dit. Je l’ai interrogé sur la place qu’il donnait au Christ et ma question l’a surpris. Comme si Jésus avait déjà inscrit en lui sa présence, et qu’il n’en avait pas encore conscience… 

 

Il ne tient qu’à nous, il ne tient qu’à moi « d’inviter le Christ à entrer » car ‘le jour est sur le déclin’… et découvrir qu’il est la lumière déjà présente à l’intérieur. C’est un peu comme le pain que nous allons manger tout à l’heure, qui nous le rend tellement présent à l’intérieur que nous devenons comme lui. Que nous
devenons Lui !