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« C’est par votre persévérance que vous garderez votre vie… »

Pendant longtemps, j’ai été dérouté par ces récits qui précèdent la passion. Nous les retrouvons tous les ans à la fin de l’année liturgique qui se termine par la fête du Christ Roi. Mais depuis quelques années, les crises qui secouent le monde, chez nous comme ailleurs, me rendent ces textes plus actuels. Aujourd’hui, certaines personnes prennent des distances avec les informations médiatiques parce que cela devient trop lourd à entendre et cela met à mal leur espérance. Et pourtant c’est dans ce monde-ci que nous sommes invités à espérer !

Si l’Église nous propose de vivre une année jubilaire sous le signe de l’espérance, c’est que nous avons besoin de la raviver. Pour St Paul, l’espérance va de pair avec le foi et l’amour. Si l’espérance est en berne, la foi et l’amour sont bien ébranlés. Ces trois-là sont indissociables.

La foi en Jésus Christ, fils de Dieu, relevé d’entre les morts, ne se vit pas hors du monde, mais dans le monde tel qu’il est. La foi n’est pas un refuge. Elle est une force qui nous invite à vivre dans ce monde et à l’aimer, comme le Père, en Jésus-Christ, l’aime.

Si nous acceptons d’être ses disciples, de mettre nos pas dans les siens, nous prenons le risque d’aller au-devant du rejet qui l’a conduit sur la croix. L’évangile, pour la fête du Christ Roi, est la mort de Jésus entouré des deux larrons.

Dans saint Luc, que nous lisons cette année, Jésus marche au-devant de sa passion. Dès la fin du chapitre 9, il est dit « Jésus durcit son visage, et prit résolument la route de Jérusalem ». Le récit d’aujourd’hui se déroule dans le temple de Jérusalem. Jésus est entré dans la ville, assis sur un ânon et acclamé par la foule. Pourtant, il nous est dit : « Lorsque Jésus fut près de Jérusalem, voyant la ville, il pleura sur elle, en disant : « Ah ! si toi aussi, tu avais reconnu en ce jour ce qui donne la paix ! Mais maintenant cela est resté caché à tes yeux. »

J’entends qu’à chaque fois que nous passons à côté de ce qui donne la paix il y a comme un déchaînement de violence, comme une vague que l’on ne peut arrêter et qu’il nous faut attendre son passage pour reconstruire. L’Europe d’aujourd’hui s’est construite sur les ruines de la deuxième guerre mondiale. C’est ce mécanisme-là qui est décrit aujourd’hui.

Suivons donc Jésus pas à pas.

Cela commence par une mise en garde : « Prenez garde de ne pas vous laisser égarer, car beaucoup viendront sous mon nom, et diront : ‘C’est moi’, ou encore : ‘Le moment est tout proche.’ Ne marchez pas derrière eux ! »

Dans la crise que nous traversons, certains se présentent comme des sauveurs parfois en invoquant la civilisation Judéo-chrétienne. Ils oublient que l’Église a persécutés les juifs et nourri l’antisémitisme. Jean-Paul II, c’est très récent, a demandé pardon aux juifs au nom de l’Église.

D’autres brandissent les valeurs chrétiennes sans jamais faire référence ni au Christ, ni à l’Évangile…

Un des critères que nous donne Jésus, c’est la fraternité avec les ‘petits qui sont ses frères’ : ceux qui ont faim et soif, qui sont malades, nus, étrangers ou en prison… Ce n’est jamais le repli sur soi, ni sur des valeurs, mais une invitation à entrer en relations.

Puis vient l’invitation à ne pas être terrifié devant les crises qui secouent le monde. Est-ce que, dans les crises que nous traversons, nous faisons confiance à la promesse de Dieu ? Est-ce que nous croyons que, par sa mort et sa résurrection, Jésus a vaincu les forces du mal ? Celles-ci se déchaînent par vagues au cours de l’histoire. Au moment où Luc écrit son évangile, la chute de Jérusalem en 70 avec la destruction du temple a déjà eu lieu. Cette première vague préfigure les suivantes.

« Mais avant tout cela, on portera la main sur vous et l’on vous persécutera… » Les premiers chrétiens n’ont pas tardé à le vivre. Et au cours de l’histoire, l’évangélisation a été accompagnée de persécutions. Mais il nous faut relire ces événements avec discernement…

Toutes les attaques aujourd’hui contre des chrétiens ne sont pas nécessairement des refus de l’évangile. Il y a aussi refus des dévoiements dans lesquels certains chrétiens ou responsables ecclésiastiques sont tombés. L’histoire de la colonisation en est jalonnée. L’anticléricalisme de certaines personnes est nourri par ce que ces personnes ont subi dans les écoles et collèges tenus par des religieux. Benoît XVI disait que l’Église ne doit pas craindre les attaques qui viennent de l’extérieur de l’Église, mais plutôt celles qui naissent en son sein.

Il reste que celles et ceux qui suivent les pas de Jésus-Christ risquent aussi la persécutions. Là, Jésus nous assure que nous ne serons pas livrés à nous-même : « Mettez-vous donc dans l’esprit que vous n’avez pas à vous préoccuper de votre défense. C’est moi qui vous donnerai un langage et une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront ni résister ni s’opposer. »

Pour conclure je reprends les mots de Jésus dans son discours d’adieu à ses disciples, tel que Saint Jean le relate : « Je vous ai dit ces choses, afin que vous ayez la paix en moi. Vous aurez des tribulations dans le monde ; mais prenez courage, j’ai vaincu le monde. »