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« Le peuple qui marchait dans les ténèbres… » (silence) Si nous nous répétons chacun intérieurement cette formule du prophète, nous viennent à l’esprit toutes sortes d’idées… Comme si notre conscience des urgences de ce temps attendait l’instant où laisser monter à la surface tous les motifs d’inquiétudes, personnelles ou collectives, et pour beaucoup, d’angoisse !

Nous sommes ce peuple qui marche dans les ténèbres, avec nous toute l’humanité qui avance et cherche sa voie. Nous découvrons aujourd’hui que les modèles qui avaient jusqu’ici assuré l’équilibre d’une paix relative sont dépouillés, remis en question. La paix semble plus précaire et la démocratie n’est plus une évidence.

Le prophète Isaïe sait de quoi il parle. Il n’est pas né de la dernière pluie, lui qui fut témoin de l’exil d’une partie de son peuple à Babylone, laissant le reste sans institution et sans chefs. Et curieusement, ce traumatisme fut source d’une énergie insoupçonnée, renouvelant la relation à Dieu unique et la pratique religieuse pour entrer dans un nouvel âge de la foi !

« Le joug qui pesait sur lui, la barre qui meurtrissait son épaule, le bâton du tyran, tu les as brisés ! » C’est avec des oreilles neuves qu’on entend alors ces paroles prophétiques. Il sait de quoi il parle le vieux, et il peut bien nous en parler pour éclairer notre nuit…

Or, cette lumière ne vient pas comme ou pourrait l’imaginer. Du ciel ? Non ! de la ressource nucléaire ? pas plus ! de Tesla et autres marchands manipulateurs de rêves ? encore moins… La lumière, dit le prophète, vient d’un enfant : « Oui, un enfant nous est né, un fils nous a été donné ! » Et une série de noms étranges l’accompagne : – « Merveilleux conseiller » = Celui qui a toute la sagesse nécessaire pour aider le roi à prendre les justes décisions. – « Dieu fort » : Dieu manifeste sa force dans un enfant. Dieu se fait fragile, Lui qui est tout puissant créateur – « Père à jamais » : à peine enfant, et déjà père ! Cet enfant est porteur d’une promesse à la mesure de Dieu, une promesse pour tous et pour tous les âges – « Prince de la paix » : le Talmud explique que le Messie viendra quand le monde aura cessé de se battre. Mais y-eut-il un seul moment sur cette terre où la paix fut totale ?

Posons-nous la question : Ne dépend-il pas de nous tous que la paix soit totale, à commencer par la paix dans nos cœurs ! « La paix soit avec vous ! » C’est la 1ère parole du Ressuscité à ses disciples réunis. Cet enfant-là porte pour toute l’humanité les promesses d’une paix irréversible…encore à faire, mais surtout à accueillir !

Le texte d’évangile commence par un détail : Le recensement de toute la terre habitée (Oikouménen en grec, qui donna… œcuménique !). Décidé par l’empereur Auguste, il manifeste que Dieu inscrit sa venue dans l’histoire de l’humanité. Il amène Joseph à prendre la route avec son épouse et c’est dans sa ville d’origine, Bethléem que survient la naissance.  On connait l’histoire, trop bien sans  doute… Alors sortons de la crèche, l’étable, et traversons les champs alentours pour rejoindre les gardiens de troupeaux, premiers témoins de la nouvelle !

Car les bergers étaient les ‘moins que rien’ de la société de l’époque, des enfants le plus souvent, suffisamment grands pour être autonomes, servant au moins à garder les bêtes la nuit. C’est donc la nuit que les enfants reçoivent la nouvelle de la bouche même de l’ange (sans doute le même que celui qui s’adressa à la jeune Marie, Gabriel, le messager de Dieu).

Ses premiers mots sont pour les rassurer, et l’on imagine leur terreur nocturne de se voir ainsi dérangés :

« N’ayez pas peur ! » Ces mots résonnent à nos oreilles 2000 ans plus tard, comme pour nous exorciser de nos peurs. Et l’ange leur annonce une « bonne nouvelle » (‘évagélisomai’ en grec, autrement dit ‘évangile’ !) et la nouvelle, la voici : Le sauveur attendu par le peuple est né dans la ville de naissance du roi David, perpétuant ainsi la tradition. La suite est plus surprenante !

On pourrait s’attendre à ce que ce sauveur, surgi dans notre histoire, naisse en un lieu vers lequel tous convergent ; un lieu honoré et reconnu de tous : le temple de Jérusalem ou le palais du roi Hérode. Il n’en est rien ! L’enfant-roi nait en périphérie de la ville, dans une étable, sans doute réchauffé par la présence des animaux de la ferme. Il nait en périphérie, car il n’y avait pas de place ailleurs, et ses premiers visiteurs ne sont pas des notables. Ses premiers visiteurs sont notables dans le cœur de Dieu, les « petits de l’évangile » qu’aime rencontrer le pape François. Ce n’étaient pas les invités à la réouverture de Notre Dame, mais plutôt les paroissiens d’Ajaccio, et avec eux toutes les personnes qui ont abordé l’ile de beauté et d’autres iles de Méditerranée avec l’espérance d’y trouver une terre de paix…

C’est étonnant la période de Noël, car on lit toutes sortes d’articles sur Jésus. Qui était-il vraiment ? A-t-il vraiment existé ? Son histoire n’est-elle pas un mythe au fond ? Et l’on entend beaucoup de personnes éclairées donner leur avis : « Historiquement, rien ne tient dans les évangiles ! » (Onfray) – « Jésus n’est rien, ni personne. Il n’est que littérature ! » (Mordillat) « Qu’ils viennent de milieux confessionnels ou non, beaucoup de chercheurs soulignent la nécessité de séparer le « Jésus historique » du « Christ de la foi » (Le Monde)

Ma réponse, pardonnez-moi, est beaucoup plus simple. Quand je m’interroge sur Dieu, je regarde Jésus, et je vois un homme qui m’a dit tout ce que j’espérais entendre, et bien plus, et qui l’a mis en œuvre par toute son existence. Finalement, qu’il est existé ou pas n’est pas la question la plus importante. Ce qu’il me dit de Dieu est tellement beau, tellement grand, qu’il change la vie et humanise Dieu. Le signe de l’enfant,

« emmailloté et couché dans la mangeoire », c’est le signe que Dieu ne sera plus jamais le même. « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu. » (St Irénée) Ce qu’il nous dit de lui est contenu dans cet enfant qui n’a d’autre projet que d’être aimé et d’aimer, comme chaque enfant !

Voilà donc le programme pour cette année jubilaire dont le thème est l’espérance : Aimer comme Dieu aime ; aimer à la manière de Dieu. C’est Jésus Christ qui le dévoile. C’est le programme pour une vie, le programme pour le monde ! Ça commence aujourd’hui et ça commence ici ! Pour cela, peut-être faut-il que, chacun, nous sachions le laisser naitre dans l’étable de nos existences…