Paroisse de la Bonne Nouvelle

Homélie du jour de Pâques

Ac 10, 34a.37-43 ; Ps 117 ; Col 3, 1-4 ; Jn 20, 1-9

En ce jour de Pâques, j’ai deux aveux à vous faire.
Vous allez peut-être être choqués … mais bon, je prends le risque.
1er : j’aime le chocolat.
Cela fait 40 jours que nous cheminons, que nous faisons des efforts pour notre conversion … enfin, nous allons pouvoir déguster les chocolats de Pâques. Les œufs, les cloches occupent les vitrines et les rayons des magasins depuis déjà quelques semaines.
2e : Oui, j’aime le chocolat, mais à vrai dire, j’aime plus encore le Christ, je préfère le Christ.
– Vous êtes soulagés ? …
La langue française est un peu pauvre pour parler de ce que l’on aime. Elle nous fait utiliser le même mot « aimer » pour désigner des réalités très différentes : pour les choses (nourriture, couleurs …), pour les personnes, pour Dieu … Autrefois, on disait : « on adore que Dieu seul » …

Pour poursuivre avec une pointe d’humour :
Il y a un avantage à aimer Jésus plus que le chocolat ; avec Lui, nous n’avons pas à craindre les excès. A trop aimer le chocolat, on peut craindre les crises de foie, à trop aimer le Christ, on ne peut que grandir dans la foi et devenir meilleur.
Tout le monde y gagne, moi et ceux qui m’entourent, eux que je peux mieux aimer en imitant le Christ, tel que nous l’avons redécouvert ces jours derniers en l’entendant dire à ses disciples au soir de sa vie : « Aimez-vous comme je vous ai aimés » (Jn 13, 34)

Plus sérieusement :
Il n’y a rien de mal à être amateur de bon chocolat. Nous pouvons apprécier la sensation que le chocolat nous procure au contact de notre palais. Je n’ai rien contre les chocolatiers … Mais, accueillir le Christ dans ma vie, devenir chrétien, le recevoir en moi lorsque je communie à son Corps provoque en moi un tout autre bouleversement. Même si j’avoue que je n’en ai pas toujours pleinement conscience, je ressors toujours transformé de la messe, de la rencontre avec le Christ, de l’écoute de sa Parole …

Pourquoi je vous fais ce double aveu, aujourd’hui ?
Suite à une nouvelle prise conscience cette semaine, en passant dans les écoles pour parler de Pâques avec les enfants …
avec des enfants de maternelle, il a été beaucoup question de cloches, de poules, de lapins, d’œufs avant d’entendre évoqué timidement Jésus et sa résurrection ;
en allant chez le chocolatier… hier, la vendeuse me disant poliment : « mais Pâques, ça rien à voir avec la religion chrétienne à l’origine … »
Dans les deux cas, je renonce à entrer dans le jugement, je constate simplement la distance prise vis-à-vis de la culture chrétienne, sans même parler de foi. Nous ne vivons plus dans un monde imprégné par la culture chrétienne ; c’est comme ça. C’est un constat !

Par contre, cette situation nouvelle requiert de la part des chrétiens, de notre part, un réel changement pour ne pas devenir fatalistes ou amers. Nous sommes appelés à une conversion, à un réveil. Entendons ces paroles stimulantes extraites d’une homélie ancienne pour le samedi saint (comme si Dieu s’adressait à nous) :
« Éveille-toi, ô toi qui dors, je ne t’ai pas créé pour que tu demeures captif du séjour des morts. Relève-toi d’entre les morts : moi, je suis la vie des morts. Lève-toi, œuvre de mes mains ; lève-toi, mon semblable qui as été créé à mon image. Éveille-toi, sortons d’ici. Car tu es en moi, et moi en toi, nous sommes une seule personne indivisible. »

Revenons à la source de notre foi (ce n’est pas la culture qui nous fait chrétiens). Revenons à l’Evangile, la Bonne Nouvelle de Jésus Christ.
Un peu après le passage d’évangile entendu ce dimanche, le Christ ressuscité s’adresse à Pierre en lui demandant à trois reprises :
– « M’aimes-tu ? M’aimes-tu plus que ceux-ci ? M’aimes-tu vraiment ? » (Jn 21)
Elle fait mal, cette question de Jésus. Son intention n’est pas de faire mal, de remuer le couteau dans la plaie du reniement de Pierre. Non, l’intention du Christ est tout autre, à l’opposé. Dans un dialogue vrai, plein de délicatesse, qui ne cherche pas enfermer dans la culpabilité, Jésus vient guérir, Jésus vient sauver, Jésus vient relever Pierre qui s’en veut d’avoir échoué, de ne pas avoir été à la hauteur de ce qu’il voulait …

Le Christ nous libère, nous rend notre dignité humaine en nous remettant debout, en nous relevant, en nous ressuscitant avec Lui, en nous tirant de la mort à la vie, en nous ouvrant les portes qui conduisent à la VIE éternelle, dès à présent.
Quelle chance d’être chrétien ! Quel bonheur de connaître le Christ, de croire en lui, Vivant chaque jour à mes côtés.

Plus fort que mon amour du chocolat, aujourd’hui, je souhaite vous partager, vous témoigner mon amour du Christ, ma passion pour Celui qui a tout donné pour que nous ayons la VIE.
C’est la plus belle rencontre que nous puissions faire sur cette terre !!!!

Frères et sœurs, ne soyons pas égoïstes, ne gardons pas pour nous un si grand trésor. Connaître le Christ transforme une vie. Entendons le témoignage des nombreux catéchumènes qui nous bouscule, nous, « vieux baptisés ». Nous ne sommes pas aller les chercher, c’est eux qui viennent vers l’Eglise ; ils nous interpellent : « Dîtes-nous en qui vous croyez ! Parlez-nous de Celui qui vous fait vivre ! »

Aujourd’hui et demain, nombreuses seront les chasses aux œufs proposées aux enfants. Réjouissons du regard émerveillé des enfants découvrant les oeufs, les lapins, les poules, les cloches dissimulés dans les jardins.
Ne boudons pas cette joie simple, mais ne nous arrêtons pas là ! Les enfants ont faim de plus. Plus que de manger du chocolat, plus que de consommer, enfants comme adultes, nous portons en nous un plus grand désir. Nous sommes faits pour plus que la chasse aux œufs du matin de Pâques. Notre vie sur cette terre est comme une grande chasse au trésor, à la recherche de Celui dont nous parle l’Evangile.
Celui que cherche Marie-Madeleine au matin de Pâques : « Avez-vous vu celui que mon cœur aime ? » (Ct 3, 3) ; Celui que l’on croit « enlevé » de son tombeau (Jn 20, 2).

Frères et sœurs, nous sommes faits pour cette grande aventure : découvrir dans notre vie la plus ordinaire Celui qui nous aime, qui nous précède sur le chemin de la vie.
A l’image des compagnons d’Emmaüs, laissons-nous rejoindre par le Christ ressuscité, laissons-nous approcher par Lui. Sur le chemin, il entre en dialogue avec nous, s’intéresse à ce qui fait notre vie, il ouvre notre intelligence … comme à l’auberge d’Emmaüs, Il nous invite à sa table pour nous partager sa Vie et faire de nous ses témoins…

Ensemble, en chemin avec le Ressuscité,
allons porter au monde la Bonne Nouvelle du Christ vivant !
Comment ?
… en écoutant … en nous approchant … en encourageant … en osant, le moment venu, témoigner de Celui qui nous fait vivre.

Je ne suis pas un amateur de chocolat qui aime le Christ.
Je suis un chrétien qui aime parfois manger du chocolat.