Paroisse de la Bonne Nouvelle

Homélie du 2ème dimanche de Carême

24 & 25 février 2024

Tout au long de la Bible, la montagne est un lieu profondément spirituel. On s’y retire pour rencontrer Dieu. Contrairement à la mer, qui symbolise la mort pour le peuple élu. La mer engloutit quand la montagne élève… et pourtant, parmi les 1ers disciples, il y avait des marins, dont le 1er d’entre eux, Simon !

Au temps où vécut Abraham, comme dans beaucoup d’autres lieux dans le monde, on pensait que pour s’attirer les faveurs des dieux, il fallait leur sacrifier son enfant premier né. Abraham justement, s’inscrit dans cette tradition et il part en montagne pour sacrifier son fils, Isaac. « Celui que tu aimes » précise le texte, ce qui souligne la relation forte du père et son fils. Et en vérité, ce n’est pas une histoire qui prête à rire, surtout pour Isaac dont le nom signifie ‘rire’ ! C’est un dieu terrible qui demande ainsi de sacrifier son enfant. Doit-on vraiment croire en lui ?

Ce texte, en fait, ne devrait pas être appelé ‘le sacrifice d’Isaac’, mais bien plutôt ‘le sacrifice d’Abraham’. Car c’est l’idée que le père se fait de Dieu qui est sacrifiée : un dieu vengeur et colérique. Dieu n’est pas pervers ! Désormais, Dieu ne va plus l’obliger. Il va l’inviter, et pour commencer, l’inviter à regarder vers le ciel : « Compte les étoiles !… »

Saint Paul va plus loin (s’il est possible d’aller plus loin que les étoiles dans le ciel). Il affirme aux Romains que Dieu est pour nous. Et la meilleure preuve, c’est le sacrifice que Lui, Dieu, fait de son fils pour nous rendre justes devant la loi. Et il interroge : « Qui accusera ceux que Dieu a choisi ?! » Au lieu d’un dieu vengeur et qui condamne, c’est un Dieu qui protège et qui défend, au prix de sa propre vie ! Quand finirons-nous par comprendre que Dieu est amour, et qu’il n’est qu’amour ?! Toute autre représentation de Dieu ne tient pas, et n’a aucune espèce d’importance !

Et puis L’évangile… Ce jour-là, Jésus emmène avec lui certains de ses apôtres, Pierre, Jacques et Jean. Avec André, ce sont les appelés du début, et ils ont fait tout le parcours, toute la formation ! Alors il les emmène avec lui, ‘seuls, à l’écart sur une haute montagne’, pour… achever la formation.

C’est là qu’il est saisi, ‘transfiguré’ dit la traduction, mais il est plus juste de dire qu’il fut ‘métamorphosé’, « d’une blancheur telle qu’aucun teinturier ne pourrait la rendre sur terre ». Etonnant de voir cette référence à une profession très concrète, alors qu’on est en pleine manifestation divine ! Mais, si Dieu est, il se communique dans tout le vivant, à tous les vivants. Jésus, à cet instant, se rend totalement présent, totalement transparent à la présence de Dieu. Sans doute était-il essentiel pour Lui que ses proches le connaissent vraiment pour ce qu’il est.

On découvre alors Jésus conversant avec Moïse et Elie. C’est tout l’ancien testament réuni à travers ces deux figures, la loi et les prophètes. Ils s’entretiennent avec lui de son départ, comprenons sa mort sur la croix. (Luc le dit d’ailleurs)

Et puis Pierre entre en scène ! Avec toute son énergie et toute sa naïveté. Comment pouvait-il comprendre ce qu’il avait devant ses yeux ?! Son bon sens nous fait à notre tour entrer dans la scène : « Construisons trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, une pour Elie ! » Comme s’il voulait conserver l’instant, le fixer !

Les tentes reviennent souvent dans la Bible : Dans le prologue de Jean, ‘la parole a dressé sa tente et a habité parmi nous’ ; Chez Luc, il s’agit de ‘se faire des amis avec l’argent trompeur, pour qu’une fois celui-ci disparu, ceux-ci nous reçoivent dans les tentes éternelles’ ; et il y a la parabole de la graine de moutarde chez Matthieu, cette toute petite graine qui devient la plus grande des plantes du jardin, à l’ombre de laquelle les oiseaux du ciel ‘viennent planter leur tente’ ! (kataskénoun). La tente c’est le meilleur habitacle pour concilier l’absolu divin et notre relativité humaine, construction éphémère sous laquelle on peut vivre comme dans sa maison !

Pierre voulait conserver l’instant, et on le comprend bien. Mais la foi ne relève pas du domaine des sens, mais de celui de la vie intérieure. Est-ce Pierre qui a rompu le charme et provoqué la parole venue du ciel, « celui-ci est mon fils bien-aimé », la même prononcée le jour de son baptême par la même voix ?…

Ils se retrouvent alors seuls aux côtés de Jésus.
Il faut imaginer ces personnes venant de traverser la passion de celui qui était leur maitre et ami… Ils se sont rappelés ce jour où le Seigneur les avait amenés sur la montagne… Tout s’est éclairé pour donner du sens à ce qui n’en avait pas.

Pierre, c’est aussi lui qui prend l’initiative de reprendre le travail au lendemain de la mort du Christ, à la fin de l’évangile de Jean. Le retour à la vie quotidienne, la redescente pour retrouver sa vie d’avant, la vie simple… car c’est là que se manifeste le ressuscité.

Nous rêvons souvent de vie sur la montagne, de transfiguration, d’expériences extatiques, mystiques… Mais c’est dans l’ordinaire de la vie que Dieu se dévoile, la vie des ‘gens des rues’ qu’aime à rappeler Madelaine Delbrel : « Nous autres, gens de la rue, croyons de toutes nos forces que cette rue, que ce monde où Dieu nous a mis, est pour nous le lieu de sainteté. Nous croyons que rien de nécessaire ne nous y manque, car si ce nécessaire nous manquait, Dieu nous l’aurait déjà donné. »

Redescendons de la montagne pour retrouver Jésus au cœur de nos vies mêlées, engagées dans ce monde.