Paroisse de la Bonne Nouvelle

Homélie du 3ème dimanche du temps ordinaire

Homélie appel des 1er disciples Marc
Il y a quelque chose de rassurant à savoir que ce monde, « tel que nous le voyons, passe ! » Ce monde qui semble parfois avancer « cul par-dessus tête ». Il serait trop long d’en dresser la liste, mais il suffit un soir d’allumer son petit écran pour voir se déverser, comme un torrent de montagne que rien n’arrête, l’addition de toutes les misères imaginables !
Depuis quelques années, ce monde voit s’imposer à lui des urgences qu’il n’imaginait jusque-là pas. Urgence écologique ; Urgence géopolitique ; Urgence économique ; Urgence sociale… à ce propos, la liste serait longue que le pape François résume d’une formule choc : « la culture du déchet », qui concerne autant les objets que… les humains ! Si ce monde eut été Ninive, aurait-il entendu son appel à la conversion ? il est raisonnable d’en douter, d’autant plus qu’il a donné congé à Dieu, et que beaucoup se réfugient dans leur identitarisme religieux !
Avez-vous remarqué les premiers mots de l’appel de Jonas ? « Encore 40 jours ! » C’est donc bien une course après le temps ! Les trois textes d’aujourd’hui, en fait, ont en commun cette urgence temporelle qui nous est si actuelle ! 

Saint-Paul, prêchant la radicalité de l’évangile dans son style provocateur, appelle à une conversion des profondeurs pour laquelle la joie, les occupations, le travail, l’argent, et même la famille n’ont plus d’importance ! « Le temps est limité ! » rappelle-t-il dans une formule qui pourrait faire penser au gourou d’une secte millénariste. Mais pour Paul, en regard de l’Évangile, rien n’a d’équivalence !

 
L’Évangile de Marc va plus loin… C’est en voyant l’arrestation de Jean-le-Baptiste que Jésus prend conscience que « les temps sont accomplis » ! Il décide alors de prendre du champ, et de s’éloigner du panier de crabes’ d’Hérode et des pharisiens. Il s’éloigne en Galilée pour continuer d’annoncer la parole. La Galilée, c’est la périphérie par rapport au cœur d’Israël de l’époque, « la Galilée des nations » ! Et Jésus proclame la nouvelle bonne, Evangelion ! A-t-il déjà conscience de ce que sera l’issue de sa vie publique ? Nul ne sait, mais l’urgence qu’il ressent lui fait prendre conscience qu’il a besoin d’aide.

 
Jésus est un marcheur, nous le voyons tout au long des évangiles, et en particulier l’évangile de Marc. Sans doute aimait-il marcher le long des côtes et s’arrêtait-t-il parfois pour regarder les pêcheurs à l’ouvrage. Sans doute avait-il déjà observé Simon et son frère André, regardé la manière dont Simon anime son équipe ; peut-être avait-il déjà vu de loin les deux ‘fils du tonnerre’, Jacques et Jean, et leur père Zébédée ; observé la relation qui unissait ces trois là, et la dévotion dans le service des fils pour leur père… Probablement !

 
Car ce sont ces quatre là qu’il a appelé, et pas d’autres. Et pourtant, Dieu sait qu’il y avait beaucoup de pêcheurs à cet endroit. Eux-mêmes, sans doute, avaient ils déjà entendu parler de Jésus, voire l’avaient il déjà entendu parler ! Peut-être travaillaient-t-ils leurs filets en pensant à ses paroles. Lorsque les mains travaillent, l’esprit se délie et travaille aussi. Ils ont alors eu le temps de méditer ses paroles. Le plus troublant, c’est qu’ils ont répondu tout de suite à l’appel du Christ : « Venez avec moi, et je vous ferai pêcheur
d’hommes ! »
C’est qu’ils étaient prêts, qu’ils le connaissaient et qu’ils n’attendaient que cela !

 
La conscience de l’urgence ne doit pas nous faire rentrer dans notre tanière telles des marmottes apeurées ! Elle doit au contraire mobiliser en nous les énergies pour être, comme Paul, totalement mobilisés par un cœur sans partage ! Il y a tant à faire ! Tant de liens abîmés dans notre société qui appellent des ouvriers pour les réparer. Cet engagement avec Jésus peut prendre des formes tellement diverses ! Depuis la simple présence domestique auprès de ses proches, jusqu’à l’engagement militant au service du bien commun ; depuis le malade que personne ne visite jusqu’aux soutiens aux ‘sans’ que nous évoquions plus haut. A noter tout de même que Jésus conforte ces hommes dans leurs qualifications : Ce sont des pêcheurs qui deviendront pêcheurs d’hommes ! Jésus ne nous demande pas d’être différents de qui nous sommes, mais il nous propose d’élargir notre projet à hauteur du projet de Dieu !

 
Si nous ne le savions pas, l’Évangile est dehors et se vit dans le monde, « Galilée d’aujourd’hui ». Tant de pierres d’attente placées par l’Esprit sur notre route. Car oui, je ne vous l’ai pas dit ? L’Esprit travaille ce monde, l’Esprit du Christ qui ne nous a pas attendus, mais qui compte sur nous pour participer à l’action d’amour du Père !

 
Oui ! Les temps sont proches et le Royaume est déjà là. Il nous revient de le voir à l’œuvre avant de l’annoncer ; il nous revient de le vivre pour l’annoncer !