Paroisse de la Bonne Nouvelle

Homélie du 2ème dimanche de l’Avent

Is 40, 1…11 ; Ps 84 ; 2P 3, 8-14 ; Mc 1, 1-8

Dimanche dernier, nous avons commencé une nouvelle année liturgique. Aujourd’hui, nous commençons la lecture d’un nouvel évangile (Marc) qui va nous accompagner tout au long de cette année.

« Commencement de l’Evangile de Jésus, Christ, Fils de Dieu » (Mc 1, 1)

Qu’est-ce qu’un Evangile ? Une Parole de feu, une Parole vivante qui vise à communiquer la transformation opérée dans le cœur de ceux qui ont rencontré le Christ. L’Evangéliste Marc (nommé dans les Actes des Apôtres), compagnon de Paul puis de Pierre, ne faisait pas partie du cercle immédiat des disciples, de ceux qui ont fréquenté Jésus durant sa vie terrestre. Cela ne l’a pas empêché de devenir évangéliste, « porteur de la Bonne Nouvelle » (Is 40). A la suite de Marc et de tant d’autres porteurs de la Bonne Nouvelle qui se sont relayés jusqu’à aujourd’hui, je vous propose d’entrer nous aussi dans un commencement.

  • Et si nous commencions à être chrétiens ?

au sens premier du mot « chrétiens » : qui est du Christ.

Certes, le sacrement baptême marque en nous une empreinte que rien, ni personne ne peut effacer (pas même les demandes de débaptisation). Quand Dieu donne, Il se donne sans retenue, pour l’éternité. Mais ce premier sacrement ne nous confère pas pour autant un privilège, encore moins une assurance tout risque. Je suis baptisé, mais rien ne m’est pour autant acquis. Tout devient possible, tout reste à jouer pour que ma vie devienne véritablement chrétienne.

Prenons une comparaison :

Vous aurez beau avoir une licence de foot, si vous ne mettez jamais les pieds sur un terrain de foot, vous resterez un piètre joueur de foot, vous ne ferez pas partie de l’équipe. Vous aurez beau faire les plus beaux commentaires devant votre télé, cela ne fera pas non plus de vous un joueur de foot.

Ainsi en est-il de la vie chrétienne, si elle n’est pas pratiquée, si elle n’est pas vécue concrètement unie au Christ, au quotidien. Nous resterons de bons commentateurs, des bons observateurs, des bons « assistants » (comme autrefois, on « assistait » à la messe), des consommateurs, mais pas des « chrétiens ».

  • Et si nous commencions à être chrétiens ?

Si nous décidions d’appartenir au Christ tout entier, de lui offrir chaque jour tout ce qui fait notre vie sans rien garder pour nous, de lui donner la première place par amour ? Oser dire à la suite du Christ : « Seigneur, non pas ma volonté, mais Ta volonté ». Qu’avons-nous à craindre de ce Bon Berger « qui porte ses brebis sur son cœur » ? (Is 4)

Frères et sœurs, c’est là que tout se joue : notre vie et la vie du monde. C’est là que peut commencer le changement du monde en ce qui concerne la part que je peux y prendre : dans ma capacité à consentir ou non à ma conversion.

« Le Seigneur prend patience envers vous, car il ne veut pas en laisser quelques-uns se perdre, mais il veut que tous parviennent à la conversion » (Is 3)

Il en est de ma conversion évangélique comme de ma conversion écologique. N’attendons pas que ceux qu’on appelle les « puissants de ce monde » changent pour commencer à changer nos comportements. Commençons …

  • Qui je fais passer en premier : ma petite personne ou bien le Christ ?

Dès maintenant, préparons le chemin du Seigneur, préparons sa venue en nos cœurs de baptisés (le sens de l’Avent : il est venu en notre chair, il viendra dans la gloire, il vient aujourd’hui frapper à la porte de ton cœur). Dépassons nos petites envies, nos affinités, les modes du moment pour choisir d’épouser librement la volonté de Dieu. Exerçons notre liberté d’enfants de Dieu pour choisir de faire Sa volonté.

Regardons Marie, que nous avons fêtée cette semaine dans son Immaculée Conception. A Dieu venu frapper à la porte de son cœur pour lui présenter son projet inimaginable, librement, la jeune fille de Palestine a répondu : « Que tout se passe pour moi selon ta Parole » (Que ta volonté soit faite).

A mon échelle personnelle, cela peut ressembler à une révolution copernicienne ; il s’agit en fait de la révolution de l’Amour. Accepter que le centre du monde ne soit plus mon nombril mais bien le Christ, cela change tout ! Accepter ce décentrement de mon existence pour vivre vraiment, pour accueillir ma vie comme un don et l’offrir librement comme une réponse d’amour pour Dieu et pour les autres.

En ce temps de l’Avent, nous entendons l’appel de Jean-Baptiste : « Convertissez-vous, car le Royaume des Cieux est tout proche ». Jean-Baptiste, le précurseur, celui qui amorce le changement par sa prédication et par le baptême de conversion dans le Jourdain. Plein de lucidité, Jean-Baptiste affirme clairement son identité :

« Je ne suis pas le Messie, je suis celui qui a été envoyé devant lui. L’époux, c’est celui à qui l’épouse appartient ; quant à l’ami de l’époux, il se tient là, il entend la voix de l’époux, et il en est tout joyeux. C’est ma joie, et j’en suis comblé. Lui, il faut qu’il grandisse ; et moi, que je diminue. » (Jn 3, 29-30)

Voilà la grande révolution chrétienne, la conversion à laquelle nous sommes appelés : laisser le Christ grandir en nous. Laisser le Christ élargir mon cœur, laisser le Christ ouvrir l’horizon de mon quotidien. Dans la prière, dans l’offrande de ma journée, dans le service du frère pauvre, vulnérable … La vie avec le Christ ne peut jamais devenir routine, elle est une aventure, elle est la plus grande Aventure dont l’homme puisse rêver sur cette terre. Participer au grand projet de Dieu, partager sa vie divine, contribuer à l’avènement de son Royaume de justice, d’amour et de paix.

« Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent » (Ps 84)

« Ce que nous attendons, selon la promesse du Seigneur, c’est un ciel nouveau et une terre nouvelle où résidera la justice » (1P 3)

Dans ce projet, l’Église occupe une place toute particulière, elle est comme « le germe et le commencement du Royaume » (Lumen gentium, n. 5). Comme baptisés, membres de l’Eglise, nous avons à réentendre ce double appel du mercredi des Cendres qui vaut pour toute notre vie :

« Convertissez-vous et croyez à l’Evangile (la Bonne Nouvelle de JC) »

Conversion et évangélisation vont de pair. Seul celui qui se laisse convertir, traversé par la Puissance de l’Evangile peut espérer évangéliser, peut commencer à devenir porteur de la Bonne Nouvelle de JC. Me laisser évangéliser, me laisser saisir par la Bonne Nouvelle qu’est « Jésus, Christ, Fils de Dieu » (Mc 1, 1).

Pour reprendre les deux mots que signifie Evangile : Bonne et Nouvelle, c’est : me laisser renouveler par la Puissance de Vie de l’Evangile, c’est me laisser bonifier par son éternel dynamisme.

« L’Evangile est Puissance de Dieu pour le salut de celui qui met sa foi en lui » (Rm 1, 16)

Entre nous, je vous partage une confidence, en m’englobant pleinement dans le constat que je fais.

Notre problème, à nous, chrétiens, c’est que nous avons renoncé à Vivre, renoncé à respirer Large, à aimer Large. Par humilité ? par pudeur ? Nous nous sommes habitués à être « petits joueurs ». Le risque : l’Evangile n’est plus entendu dans sa puissance de Vie, il apparait comme une parole lisse sans saveur, sans vitalité, sans relief. Nous avons cantonné Dieu dans nos sacristies « intérieures », nous l’avons assigné à résidence dans un petit coin prière, nous l’avons confiné. Ce n’est pas cela vivre en « chrétiens » ! Le projet de Dieu pour notre humanité n’est pas un projet pour « petits joueurs ». C’est un projet DIVIN : grand, large, universel, un projet qui embrasse l’humanité, la création tout entière, rien de moins !

Frères et sœurs, Dieu nous veut ! Il nous veut avec Lui, en Lui. Il veut partager notre vie et nous faire partager la sienne. C’est déjà ce que nous pouvons appréhender dans les sacrements de l’Eglise. Les sacrements sont là pour nous donner un avant-goût du Large, de cette Vie ample, profonde, universelle, de cette vie en Dieu qu’est le Royaume. Les sacrements sont les signes visibles d’une réalité invisible. Comment donner à voir, à percevoir, à toucher l’immensité de l’amour de Dieu ?

De grâce, n’érigeons pas nos petites préférences, nos affinités personnelles, nos sensibilités de tous ordres … comme critères d’appartenance à l’Eglise. Laissons le Christ au centre de l’Eglise pour qu’elle demeure véritablement « chrétienne », illuminée par Celui qui seul est la « Lumière des nations ».