Paroisse de la Bonne Nouvelle

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En mission dans le vigne de Dieu – Homélie du 8 octobre

Homélie 27e dimanche du temps ordinaire – année A

Is 5, 1-7

Ps 79(80)

Ph 4, 6-9

Mt 21, 33-43

Frères et sœurs,
Chers amis,

Après les ouvriers embauchés à la vigne de dimanche dernier, ce sont encore des histoires de vignes que nous entendons ce matin dans trois lectures sur quatre. Mais ici il semble que le vin aura un goût de bouchon et que le raisin sera plutôt celui de la colère comme dans le film « Les raisins de la colère » de John Ford.

Dans ces textes, la vigne a des relents de désolation, de colère et même de meurtre. La vigne, abandonnée des hommes et dévastée de la première lecture, devient dans l’évangile  une vigne prospère, mais soumise aux intérêts égoïstes de vignerons sans scrupules.

Demandons-nous quel est le sens de ces textes ?  Pourquoi cette importance du mot vigne qui revient 14 fois ? Ces textes ont-t-il un rapport avec le monde dans lequel vivait Jésus ? Enfin, que veulent-ils dire pour nous aujourd’hui ?

Il y a une clé dans la première lecture. On y lit « La vigne du Seigneur de l’Univers c’est la maison d’Israël ». L’histoire de cette vigne, c’est l’histoire des relations du peuple juif avec Dieu. La vigne, c’est le royaume d’Israël. Isaïe parle en fait de l’expansion brutale du royaume voisin d’Assyrie dans la 2e moitié du viiie siècle avant notre ère. Cette politique de conquête inquiète les royaumes d’Israël et de Juda, d’où le pessimisme qui transparaît dans cette première lecture. L’actualité nous monter que rien n’a beaucoup changé…

Le psaume s’enchaîne naturellement,  avec une prière qui s’adresse au Dieu d’Israël pour sauver la vigne. Il retrace aussi l’histoire du peuple de Dieu : la délivrance d’Égypte, l’arrivée dans la Terre Promise. Et aussi les infidélités du peuple et de ses dirigeants à travers l’image du sanglier et des bêtes des champs qui ont détruit la vigne. Le dernier verset : « Seigneur, […] fais-nous revenir, que ton visage s’éclaire et nous serons sauvés !» est un appel à l’espérance.

Cette espérance n’est pas présente dans l’évangile, et nous sommes là témoins d’un drame : les vignerons veulent s’accaparer brutalement une vigne qui a priori ne leur appartient pas. Le problème n‘est plus la vigne, comme dans la première lecture d’Isaïe, mais les vignerons.

Cette parabole raconte aussi l’histoire de la relation entre Dieu et son peuple, et le récit nous dit que Jésus s’adresse « aux grands prêtres et aux anciens du peuple ». Dieu est le propriétaire de la vigne, les serviteurs sont ses envoyés et aussitôt on pense tout de suite aux prophètes de la Bible, les vignerons sont les autorités religieuses de Jérusalem ; quant au fruit de la vigne, il représente tout ce qui fait qu’Israël donne de bons fruits, c’est à dire le respect de la Loi et l’écoute des Prophètes.

Il est vrai que quand nous entendons parler de vigne, nous ne les associons pas à la révolte, mais plutôt à de la « langue de buis », ce « langage catho obligé » auquel nous ne prêtons plus attention à longueur de célébration, comme la vigne, le pain, l’agneau… Ces mots ont du sens chez nous mais ils sont plus familiers dans le contexte du Moyen-Orient. Dans notre monde agroalimentaire, nos références sont plutôt le rendement du maïs, le nombre de vaches Prim’Holstein, la surface d’une parcelle de blé noir, ou encore l’emploi dans les entreprises du plateau de Lannion.  Mais Jésus aime utiliser des images que tout le monde peut comprendre dans la société dans laquelle il vit.

Je pense à saint Paul encourageant la communauté naissante des Philippiens dans la 2e lecture. Il leur dit : « …ne soyez inquiets de rien […] priez et suppliez » et surtout il les incite à être acteurs et pas seulement spectateurs « .. ce que vous avez reçu de moi, mettez-le en pratique. Et le Dieu de la paix sera avec vous ». Après les épreuves, c’est la foi qui invite à l’espérance, mais c’est une foi qui doit déboucher sur une conversion de vie, la nôtre, pas seulement celle des autres, pour passer de la vigne en friche à la vigne qui porte des fruits.

.Aujourd’hui, cette dernière attitude me fait penser au Synode qui a démarré mercredi en ce moment à Rome et qui va durer jusqu’au 29 octobre. Il réunit des évêques et des laïcs hommes et femmes, pour discuter de la mission de l’ensemble de l’Église et de l’unité de la foi en son sein. Il se veut une réflexion sur le fait de cheminer ensemble en Église, avec comme maîtres mots : rencontrer, écouter, discerner. Ce Synode c’est comme si le propriétaire de la vigne nous disait : « Et toi, que fais-tu pour que ma vigne soit plus belle ? ».

Alors aujourd’hui, comment l’image de la vigne nous parle-t-elle ? Je vois cela de plusieurs façons. Si Dieu reste propriétaire de la vigne, nous sommes finalement les vignerons. Quels vignerons serons-nous ? Contrairement aux vignerons de l’évangile, nous pouvons avoir trois attitudes : la première  c’est de dire que, de toutes façons, la vigne est perdue, ce n’est plus la peine de s’en occuper, allons voir si l’herbe est plus verte ailleurs. Ce n’est pas mon opinion. Une autre, c’est de faire comme les vignerons de la parabole : c’est une attitude qui ne débouche sur rien, ni pour la vigne, ni pour eux. Une troisième c’est de se retrousser les manches et, là où nous sommes, d’agir dans cette vigne

Nous aurons l’occasion de revenir sur le Synode dans les semaines qui viennent, mais en attendant soyons attentifs aux fruits de la vigne que peut être ce Synode. Des gens du monde entier y ont participé en nous rappelant que si nous, vignerons, sommes ici aujourd’hui, ce n’est pas simplement pour faire plaisir au maître de la vigne mais aussi pour lui dire, en paraphrasant saint Paul :  « Ce que nous avons reçu de toi, mettons-le pratique ».

Amen.